Envoyer à un ami  Imprimer  Augmenter la taille du texte  Réduire la taille du texte
Villes nouvelles françaises 2001-2005

L’aménagement de la région Ile-de-France

partager sur facebook partager sur twitter
publié le 9 novembre 2011

L’AMENAGEMENT DE LA REGION ILE-DE-FRANCE

V. Fouchier
Décembre 1999

Il est intéressant de connaître les étapes importantes de la planification de la région Ile-de-France, chacune ayant influencé la suivante et ayant eu sa propre politique à l’égard des villes nouvelles. Celles-ci ont été créées en réponse au contexte particulier des années 1960. Pour en comprendre la génèse, tant dans les motivations que dans les méthodes, nous proposons ici une brève analyse des documents de planification qui ont organisé le développement urbain de l’Ile-de-France depuis le début du siècle.

  1. PREMIERE MOITIE DU XXe SIECLE : CONTENIR L’AGGLOMERATION

Comment les documents de planification successifs de la région parisienne ont-ils abordé les enjeux du développement urbain ? Peut-on déceler des constantes et des évolutions ? Nous distinguerons deux périodes dans notre analyse :
- celle de la première moitié de ce siècle, au cours de laquelle la planification a essayé de densifier la banlieue pour éviter son étalement et de décongestionner le centre de l’agglomération ;
- celle de la période plus récente, entre 1965 et 1990.

Trois documents d’urbanisme se sont succédés pour organiser le développement de la région de Paris le milieu des années 1930 et 1960 : le plan Prost (1939), le P.A.R.P. révisé (1956) et le P.A.D.O.G. (1960). Comment chacun de ces plans a-t-il traité du développement urbain ?

  •    1.1. LE PLAN PROST

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une série de lois favorisant l’habitat individuel avaient encouragé l’urbanisation sous forme de lotissements. La loi Siegfried (1894) puis la loi Ribot (1908), par exemple, visaient à faciliter l’accession à la propriété, en maison individuelle avec jardin, pour des motifs essentiellement politiques : transformer les classes moyennes et populaires en propriétaires. L’afflux de provinciaux en région parisienne et un souci de retour à la nature de la part des Parisiens ont entraîné un accueil très enthousiaste à ces lois. Il faut se rappeler qu’une « société française des Cités jardins » était créée en France dès 1903, sur le modèle prôné par le mouvement britannique du même nom, initié par Hebenezer Howard.

Entre 1920 et 1930, près de 15.000 hectares sont lotis en région parisienne. Mais ces lotissements étaient souvent mal équipés et mal desservis. Les lois mises en place ne prévoyaient pas d’autorisation de bâtir (dans les communes de moins de 20.000 habitants). Les lotisseurs profitèrent de ce vide juridique et les encouragements législatifs en faveur de la maison individuelle conduisirent finalement à des excès. Les « mal-lotis » étaient légitimement mécontents, les collectivités locales ne pouvaient faire face aux besoins en équipements et services publics (aucun emploi ne venait sur place et les nouveaux lotis étaient exonérés d’impôts fonciers pendant 15 ans).
Plusieurs lois ont tenté de remédier à ces problèmes, rendant obligatoires des plans et des autorisations d’urbanisme préalables : nouvelle loi Siegfried (1919) et loi Cornudet (1924).

Les premières tentatives d’aménagement et d’organisation coordonnée de la région parisienne ont finalement été faites pour répondre à ces abus des lotisseurs et à la multiplication des lotissements défectueux.
C’est le 14 mai 1932 qu’une loi ordonne l’élaboration d’un projet d’aménagement de la région parisienne (P.A.R.P.). Mais le projet Prost-Dautry1, connu sous le nom de plan Prost, mit sept ans avant d’être approuvé par décret-loi, le 22 juin 1939. Dans ce document, la région parisienne est définie comme l’ensemble des communes à l’intérieur d’un cercle de 35 km autour de Notre-Dame.
Le texte accompagnant ce plan était empreint d’hygiénisme : ses objectifs explicites étaient la circulation, l’hygiène, la salubrité et l’esthétique2. « Il ne s’agissait plus de préparer de nouveaux réservoirs d’agglomération ; il fallait avant tout mettre un peu d’ordre dans le chaos actuel. L’essentiel était désormais d’organiser le grand Paris et non de l’étendre davantage »3. Pour requalifier les espaces urbanisés existants, il était donc souhaité de freiner les urbanisations périphériques : « restriction du droit de lotir, peu ou pas d’extensions nouvelles »4.
C’est au nom des bruits et fumées que « certains quartiers industriels sont particulièrement mal placés par rapport à l’agglomération parisienne ».

L’optique du plan Prost est malthusienne : elle s’appuie sur l’hypothèse d’une population à terme voisine de la population de départ.
Ainsi, le plan distingue pour chaque commune un périmètre d’agglomération, qui est en fait la zone déjà urbanisée et dont le tracé tient compte des lotissements existants, et une zone non-affectée, où il est interdit de construire sauf dérogation accordée par le Comité supérieur d’aménagement et d’organisation de la région parisienne (C.S.A.O.R.P.) ; il prévoit des réserves foncières, un réseau d’autoroutes, et une réglementation par classe de communes (le classement est concentrique) de la hauteur des immeubles5.

Il laissait aux études communales le soin de distinguer à l’intérieur des périmètres d’agglomération des zones de construction (dites collectives, continues ou résidentielles), des zones industrielles où seraient regroupés les établissements industriels, des zones mixtes, enfin, où toute séparation de ces activités apparaissait impossible. Hors de ces limites, les lotissements étaient complètement interdits. Ces délimitations communales étaient proposées par le plan régional, mais devaient être ratifiées ou amendées par les municipalités.

La réglementation générale classait les communes en quatre classes suivant leur caractère général, fixait des gabarits donnant non seulement les hauteurs maxima des constructions, mais aussi les hauteurs possibles en fonction de la largeur des rues, ainsi que les zones de servitude « non aedificandi » ou de reculement le long des propriétés voisines. Le réglement de construction « tend à éviter, dans l’intérêt de l’hygiène, la hauteur ou l’entassement exagéré des habitations ».
Le programme des servitudes du projet prévoyait un desserrement de l’agglomération centrale constituée par la banlieue immédiate de Paris. Les immeubles devaient y être moins élevés qu’à Paris et les cours plus larges. Les localités formant la banlieue moyenne devaient avoir des constructions nettement moins élevées et des cours très amples réalisant des « habitations saines et agréables à habiter ». Enfin, la banlieue périphérique devait garder en partie son caractère rural6.

Outre la protection des espaces boisés existants, la préservation des principaux sites remarquables (Versailles, Saint-Germain, Meudon, Marly, Sceaux, etc.)7, le projet indiquait des réserves de terrains pour les grands services publics de caractère national, départemental ou intercommunal. Parmi ces réserves : le centre du nouveau Créteil, le secteur 2 de Marne-la-Vallée, Orly, Rungis, la ZUP de Vélizy, le parc d’Issy-les-Moulineaux, ou encore des zones encore portées en réserves foncières (S.D.A.U.RI.F. de 1975, voire S.D.R.I.F.) comme la plaine de Montesson ou le secteur de Beauchamp8.

Le plan proposait cinq voies nouvelles, de caractéristiques autoroutières, pour remédier aux difficultés de circulation dans l’accès à Paris9. Le problème des transports en commun n’était pas vraiment évoqué. C’est pourquoi il fut fait le reproche au plan Prost de s’intéresser trop au réseau routier.

En fait, le « plan Prost » constituait davantage un cavenas foncier qu’un projet d’aménagement10. Il bloquait l’extension spatiale tant pour éviter les lotissements que pour freiner la croissance démographique de la région.
Il cherchait à la fois le moyen de limiter les extensions urbaines et de ne pas augmenter exagérément les densités du tissu urbain au détriment de la salubrité.
Notons que, dans le P.A.R.P., la région parisienne se limite à la banlieue (cercle de 35 km) et que la capitale est ignorée par le plan et apparaît en blanc sur les cartes.

Le P.A.R.P. de 1939 a servi de guide aux projets de reconstruction et d’aménagement des communes sinistrées. Son effet principal a été donner un coup d’arrêt aux lotissements défectueux. L’application des règlements de construction qu’il contenait a, en revanche, présenté des difficultés du fait de leur trop grande complexité et aussi de leur rigidité. Une insuffisance plus générale tenait à la sous-estimation de l’attraction parisienne qui avait conduit les auteurs du projet à fixer des limites trop étroites à l’agglomération parisienne et à faire des prévisions trop modestes pour les services publics11.

Le contexte de la guerre avait introduit l’idée de l’Etat organisateur et planificateur dans le domaine de l’armement, de la production, de la gestion de la main-d’oeuvre, mais aussi de la reconstruction et de l’organisation régionale12. Cette intervention de l’Etat a été précédée et préparée par une législation interventionniste :
- loi du 6 novembre 1918 sur l’expropriation par zones et sur la récupération des plus-values foncières,
- loi du 14 mars 1919 sur les plans communaux d’extension et d’embellissement,
- loi du 19 juillet 1924 qui tente de contrôler les lotissements, loi Sarraut du 15 mars 1928 qui permet de les aménager13,
- loi Loucheur de juillet 1928, qui fournit des crédits pour y construire des pavillons,
- les décrets-lois de 1935 complètent cet ensemble, avec notamment l’interdiction des lotissements-jardins et la création des projets régionaux d’urbanisme.
Cet ensemble de textes a concouru à la mise en application des principes du plan Prost.
Sans ces lois, le P.A.R.P. aurait-il pu freiner réellement l’extension urbaine ?


Notes :
1 déposé le 14 mai 1934. Il ne fallut que deux ans pour établir ce plan, mais il fallut ensuite près de sept années pour qu’il fût définitivement approuvé.

2 Exposé de Henri Prost, à propos du P.A.R.P.

3 Exposé de Louis Dausset (président du Comité supérieur), à propos du P.A.R.P.

4 directives du comité supérieur

5 FOURCAUT, Annie, « Débats et réalisations de l’entre-deux guerres ou le lotissement comme anti-modèle », in : Cahiers de l’Institut d’histoire du temps présent, n°17, décembre 1990, p.18.

6 P.A.R.P.

7 Un plan de réserves d’espaces libres publics ou privés portant sur 75.000 hectares était établi.

8 ALDUY, Jean-Paul, « 40 ans de planification en région Ile-de-france », in : Cahiers de l’I.A.U.R.I.F., décembre 1983, n°70, pp.13-67.

9 P.A.R.P.

10 ALDUY, Jean-Paul, op. cit., p.16.

11 in : « L’Aménagement de la région parisienne », 1ère partie, 20 octobre 1960, p.6.

12 FOURCAUT, Annie, op. cit., décembre 1990, p.13.

13 ce n’est qu’en 1943 que le permis de construire est généralisé.


  •    1.2. LE P.A.R.P. REVISE ET LE PLAN D’URBANISME DE PARIS

Le plan d’aménagement de la région parisienne (P.A.R.P.), de Prost, fut révisé en 195614, sous la direction de Gibel, chef du service d’aménagement de la région parisienne. Cette nouvelle version confirmait et accentuait les grandes options de la version précédente15.

Comme dans le plan Prost, il était admis que la population de la région ne devait pas augmenter. « L’analyse de l’état actuel des différentes zones de la région parisienne conduit à prévoir dans des périmètres d’agglomération plus réduits qu’au plan de 1935 un accroissement de la densité trop faible de la zone de banlieue... accroissement compensé par une diminution de la densité de la zone centrale »16.

Le nouveau projet proposait donc une dédensification de la partie centrale de l’agglomération :
- la décongestion du centre Paris par élimination de tous les modes d’occupation non valorisants, ce qui requérait avant tout la rénovation des quartiers insalubres ou mal construits ;
- le développement d’espaces verts aux dépens de l’industrie dans les quartiers périphériques et les communes limitrophes de Paris17.

Le « zonage » du P.A.R.P., version de 1956, délimitait des « secteurs à rénover », des « secteurs d’urbanisation ultérieure » ou des « secteurs d’intérêt régional ». Dorénavant, Paris, qui était resté « en blanc » dans le P.A.R.P. à l’intérieur de la rocade des Maréchaux, faisait l’objet d’un zonage détaillé précisément pour faire apparaître des « secteurs à remodeler », qui seraient par la suite les lieux privilégiés de l’intervention publique : Front-de-Seine, Italie, Belleville (Montparnasse sera délimité plus tard)18. Environ 1.500 hectares d’îlots dans Paris (voirie non comprise) abritant 967.000 habitants étaient désignés pour une rénovation19, avec l’appui d’une législation nationale qui simplifiait notamment les procédures de rénovation des îlots insalubres.

On admettait pour Paris le caractère inéluctable de la décroissance de la population : « les îlots insalubres après leur reconstruction, seront vraisemblablement moins peuplés qu’aujourd’hui, il ne semble donc pas possible que la population de Paris puisse augmenter »20. Pour la première fois, le contrôle de la densité de construction faisait son apparition dans le plan d’urbanisme de Paris. Il s’agissait explicitement d’empêcher la croissance de population que les réglements précédents rendaient possibles21 : « Comme ce territoire est inextensible, l’on est conduit à fixer une limite à l’accroissement de la population »22.

Pour faciliter le renouvellement progressif du patrimoine immobilier des quartiers centraux de Paris, les plus denses et les plus vétustes, le P.A.R.P. révisé souhaitait accélérer le départ des établissements industriels nuisants23. Facilitant ce projet, le décret du 5 janvier 1955 a soumis à un agrément préalable du ministre de la Construction, après avis d’une commission interministérielle, toute construction industrielle d’une surface supérieure à 1.000 m² dans la Seine, la Seine-et-Oise, la Seine-et-Marne et le Sud de l’Oise (cinq cantons).
Cependant, la réglementation n’empêchait pas le potentiel industriel de la capitale de s’accroître, grâce à la réutilisation intensive des bâtiments vacants24. La poursuite de la croissance des emplois dans Paris était admise : « il est certain que les bureaux, sièges sociaux et tout ce qui fait de Paris à la fois la capitale du pays et un centre international continueront à se développer au coeur de l’agglomération ».

De vifs débats avaient eu lieu pour savoir ce que deviendraient les quartiers à rénover, en particulier au lors des travaux relatifs au plan d’urbanisme directeur de Paris, en 1959, et pendant la préparation du P.A.D.O.G.
D’un côté, certaines voix s’étaient élevées contre ces projets de rénovations : « Quand on sait que les secteurs à rénover se situent exclusivement dans les quartiers ouvriers de Paris, on se rend compte du départ de population laborieuse qui sera ainsi obtenu »25.
D’un autre côté, il était demandé que les secteurs à rénover offrent l’occasion de créer de nouveaux espaces verts dans Paris26.

Parallèlement, pour encourager la reconquête de la banlieue plusieurs mesures étaient prises. D’abord, le périmètre d’agglomération, définissant les zones où les constructions seraient autorisées, était de taille plus limitée que dans le plan Prost. Une zone rurale était créée, ayant « pour but essentiel d’éviter que l’accroissement de la population dans les zones périphériques de la capitale ne se traduise par un étalement en surface, dont les conséquences seraient néfastes pour la collectivité ».
Ensuite, les « grands ensembles » devenaient un élément essentiel du projet urbain de 195627 et étaient mis à contribution pour combler les espaces vides de l’agglomération. Les ordonnances et décrets créant les zones à urbaniser en priorité (Z.U.P.) dataient de 1958 et avaient accéléré la construction des grands ensembles.


Notes :
14 pris en considération le 12 janvier 1956, mais jamais approuvé.

15 MERLIN, Pierre, « L’aménagement de la région parisienne et les villes nouvelles », Paris : La Documentation Française, 1982, 212p.

16 M. Gibel, directeur du S.A.R.P., présentant le nouveau projet de plan directeur dans « La vie urbaine », avril-juin 1950.

17 in : « L’Aménagement de la région parisienne », op. cit., p.6.

18 ALDUY, Jean-Paul, op. cit.

19 PREFECTURE DE LA SEINE, « Plan d’urbanisme directeur de Paris », Paris : Imprimerie Municipale, 1960, p.132.

20 Les taudis recensés en 1918 existent encore presque tous en 1960. La rénovation porte sur 1.200 hectares alors que la surface totale de Paris en compte 8.400. source : MAIRIE DE PARIS, « Compte rendu des débats des 26 et 27 octobre 1959 relatifs au Plan d’Urbanisme Directeur de Paris », Paris : Conseil Municipal, octobre 1959, p.99.

21 On estimait, à l’époque, que les documents d’urbanisme autorisaient une densité de construction qui, si elle s’étendait à l’ensemble de Paris, serait environ double de la densité moyenne existante.

22 PREFECTURE DE LA SEINE, op. cit., 1960, p.148.

23 M. Gibel, directeur du S.A.R.P., présentant le nouveau projet de plan directeur dans « La vie urbaine », avril-juin 1950.

24 in : « L’Aménagement de la région parisienne », op. cit., p.25.
Le décret de 1959 va beaucoup plus loin puisqu’il étend l’agrément préalable pour toute construction dans la région parisienne d’immeuble privé à usage principal de bureaux commerciaux ou professionnels et dont la surface de planchers excède 1000 m².

25 Intervention de Maurice Berlemont : MAIRIE DE PARIS, « Compte rendu des débats des 26 et 27 octobre 1959 relatifs au Plan d’Urbanisme Directeur de Paris” Paris : Conseil Municipal, octobre 1959, p.106.

26 MAIRIE DE PARIS, « Compte rendu des débats des 26 et 27 octobre 1959 relatifs au Plan d’Urbanisme Directeur de Paris” Paris : Conseil Municipal, octobre 1959, p.54.

27 ALDUY, Jean-Paul, op. cit., p.20.


  •    1.3. LE P.A.D.O.G. EN 1960

L’équipe chargée de la conception du Plan d’aménagement et d’organisation générale de la région parisienne (P.A.D.O.G.) est celle qui a procédé aux extensions et aux révisions du plan Prost en 1950, puis en 1956, sous la direction de M. Gibel, chef du S.A.R.P. Le P.A.D.O.G. a de ce fait simplement mis à jour le document de 1956, complété et élargi certaines de ses dispositions28.

L’horizon du P.A.D.O.G. se limitait à 10 ans (1970) et proposait les principes d’aménagement suivants :
- tendre vers une stabilisation de la population ;
- décentraliser des emplois ;
- aménager la région parisienne elle-même par une action de déconcentration et de décongestion de Paris ;
- loger la population dans les meilleures conditions et, dans ce but, veiller à une meilleure répartition des densités de population ;
- restructurer et organiser la banlieue, sans l’étendre, par une action de rénovation et de reconquête et la création de pôles d’attraction.

« Le noyau central est trop dense et trop lointain de la périphérie de l’agglomération. Il faut à la fois reconquérir et rénover les noyaux anciens de la banlieue et aussi créer des noyaux nouveaux »29. Quatre hypothèses étaient évoquées dans le P.A.D.O.G., à propos des « noyaux nouveaux » :
- des villes nouvelles le long d’une grande voie,
- une extension importante des villes existantes,
- des villes nouvelles à 40 ou 50 km de Paris,
- des noyaux urbains dans l’agglomération.

L’idée de villes nouvelles était pour la première fois réellement prise en considération dans un document de planification régionale. Mais le choix s’est finalement porté sur la dernière de ces hypothèses : « Autant se justifie un desserrement de la partie centrale de l’agglomération parisienne, autant un regroupement et une densification de la partie périphérique de l’agglomération dans ses limites actuelles s’imposent »30. « Vaut-il mieux alors continuer à étendre l’agglomération déjà trop distendue et aggraver encore ses maux ou tenter au contraire un effort de réorganisation dans son sein permettant ainsi, quand la « pression logement » diminuera, une transformation et une régénération progressives du tissu urbain trop lâche de la banlieue en partant de ces noyaux modernes ? »31.

Ce choix en faveur du principe de la densification du tissu existant était déjà pris dans le plan précédent. La seule vraie innovation du P.A.D.O.G. a été l’intention de réaliser quatre « centres urbains nouveaux », placés aux quatre points cardinaux : le Bourget au nord, Montesson-la Défense à l’ouest, Vélizy au sud ; à l’est la localisation n’était pas précisée32 . La décision de construire neuf grands ensembles, relativement proches de Paris, participait au projet de « colmater les derniers vides de l’agglomération »33 et de créer des « centres secondaires » ; ils représentaient un total de 85.000 logements et 200 hectares de zones d’activités.

Les projections quantitatives des besoins en espace avaient retenu le chiffre moyen de 50 logements à l’hectare, « à peu près unanimement admis », en y comprenant les surfaces nécessaires pour tous les équipements publics. Les superficies à délimiter pour l’urbanisation étaient ainsi évaluées à :
- pour l’agglomération parisienne, 200.000 logements / 50 = 4.000 hectares
- pour le reste de la région, 50.000 logements / 50 = 1.000 hectares
- soit au total 5.000 hectares, c’est-à-dire environ la moitié de la superficie de Paris34.
Ces superficies étaient prévues dans les centres urbains nouveaux et à l’intérieur du périmètre d’agglomération, que la P.A.D.O.G. avait repris du P.A.R.P.

Hors du « périmètre d’agglomération », il était stipulé qu’un logement devait disposer d’un minimum de 2.500 m² de terrain, sans que la commune ait l’obligation d’y conduire ses réseaux d’eau, d’égouts, d’électricité, etc. Cette disposition avait certes un effet de frein à la construction, mais l’application du P.A.D.O.G. en a déformé l’esprit. En effet, les organismes chargés de mettre en oeuvre le plan (le S.A.R.P. et le C.A.R.P.) ont multiplié les dérogations pour des opérations en dehors du périmètre d’agglomération. Les promoteurs avaient pris l’habitude d’obtenir des terrains constructibles par dérogation, accordée par le ministre, après avis du service d’aménagement de la région parisienne qui consultait lui-même une commission centrale. Gibel, chef de ce service, admettait que, à l’intérieur de cette limite, il y avait peu de terrains étendus et disponibles pour de grands ensembles comme Sarcelles et que, par le jeu de la dérogation contrôlé par lui et la commission centrale, il pouvait diriger spatialement la croissance d’urbanisation35. Son pouvoir était immense, par conséquent. Mais ceci se faisait au prix d’une spéculation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du périmètre d’agglomération.

Il est estimé que 20.000 logments furent autorisés hors du périmètre d’urbanisation dans les quatre années suivant la publication du P.A.D.O.G.36 Quant aux règles de hauteur ou densité prescrites pour les zones d’habitat, elles subissaient la conséquence de la rareté foncière -la hausse du prix-, d’où parfois des densifications excessives.

« La vérité est, qu’une fois de plus, les barrières de Paris éclatent. La vérité est qu’il n’est pas sain de satisfaire par des dérogations les demandes les plus pressantes et les besoins les plus évidents. Dès lors s’imposent à la fois l’élargissement progressif des périmètres urbains et la révision des règles sur les gabarits en hauteur et sur les densités »37, écrivait-on dans un document qui inaugurait la réflexion pour le plan d’aménagement de la région ultérieur (le S.D.A.U.R.P.).


Notes :
28 ibidem.

29 P.A.D.O.G., 1960, p.18.

30 ibidem, p.114.

31 Projet de P.A.D.O.G., avril 1960. La formulation est moins claire dans la version définitive.

32 ALDUY, Jean-Paul, op. cit.

33 Notamment Massy-Antony, Créteil, Argenteuil, Vitry, etc. cf. P.A.D.O.G., « Deuxième partie », Paris : La Documentation Française, octobre 1960, 24p.

34 P.A.D.O.G., 1960, p.44.

35 DELOUVRIER, Paul, « Un chef d’équipe », in : Cahiers de l’Institut d’histoire du temps présent, n°17, décembre 1990, p.91.

36 MERLIN, Pierre, op. cit., 1982, p.55.

37 « Avant-projet duo-décennal » (ou Livre Blanc), février 1963.


  2. LE DOCUMENT FONDATEUR DES VILLES NOUVELLES : LE S.D.A.U.R.P. DE 1965

Un tournant dans la planification de la région est pris dans le milieu des années 1960, en réponde à une croissance démographique et économique accélérée. La politique qui tentait, jusque là, de contenir l’extension de l’urbanisation est remise en cause.

  •    2.1. LE S.D.A.U.R.P. : ORGANISER LA CROISSANCE

C’est essentiellement parce que les besoins auxquels le P.A.D.O.G. cherchait à faire face se sont révélés très vite fortement sous-estimés, que la nécessité d’un nouveau schéma directeur s’est imposée38. Paul Delouvrier fut chargé par le Général de Gaulle d’organiser le développement de la région parisienne et d’adapter son plan d’aménagement aux enjeux tant quantitatifs que qualitatifs qui se faisaient jour.

Le travail préalable à la stratégie spatiale a consisté à quantifier les besoins en espace. Les projections démographiques et économiques ont eu un rôle important à cet égard, en comparaisons avec les documents précédents. Ce sont d’ailleurs les résultats de ces projections qui allaient donner la légitimité au projet ambitieux de Paul Delouvrier, en le rendant peu discutable dans son principe.

Il était d’abord mesuré que les habitants de la région parisienne disposaient, par tête, d’un nombre de pièces de logement inférieur d’un tiers à celui des habitants de Londres ou de New York. Il était estimé que les 6 millions de pièces qui existaient en région parisienne en 1962 devaient être portés à 9 millions pour parvenir au standard londonien ou new-yorkais, d’où l’idée que, « même si l’agglomération parisienne n’augmentait pas d’un habitant, son extension spatiale serait inéluctable »39.

Les hypothèses de travail du S.D.A.U.R.P. de 1965, concernant l’évolution des besoins étaient, dans « moins d’une quarantaine d’années » :
- population accrue des deux tiers (multipliée par 1,65 : de 8,4 à 14 millions d’habitants),
- nombre de voitures particulières multiplié par 3 (de 1,7 à 5 millions),
- nombre de déplacements par tous moyens de transport multiplié par 3 à 4,
- nombre de logements presque doublé (de 3,2 à 6 millions), et sans doute triplement en nombre de pièces.

« Dès qu’il n’a plus faim de pain, l’homme a faim d’espace, et cette faim d’espace du citadin, trop longtemps à l’étroit, n’en est qu’à ses débuts. (...) Pour l’urbaniste, la seule manière de prévoir l’imprévisible est de voir grand . Il serait donc léger de céder aux pressions quotidiennes exercées en faveur de besoins tels que le logements pour densifier abusivement les rares terrains disponibles dans les agglomérations actuelles. Voir grand, c’est avoir la sagesse de garder des réserves intra-muros en même temps que la hardiesse d’aller construire au large des périmètres urbains d’aujourd’hui »40.

Dans les schémas précédents, la rénovation du tissu urbain existant avait pu paraître une alternative à l’extension de l’agglomération en surface, ou, tout au moins, un moyen de limiter fortement cette extension. En fait, l’équipe de Paul Delouvrier faisait le constat que, mesurée au nombre de logements détruits, cette rénovation s’est avérée beaucoup plus lente que prévu. Pour mettre fin à la pénurie de terrains à bâtir comme à la disparition des espaces libres, il fallait alors sortir du périmètre d’agglomération fixé cinq ans auparavant, mais en choisissant les zones d’extension : « pour faire face aux besoins démographiques à long terme, tout en pesant sur les prix fonciers, il faudrait prévoir comme constructibles environ 150.000 ha »41. Parallèlement, il convenait de délimiter les espaces naturels à préserver.

La préparation du S.D.A.U.R.P. a également innové dans la projection des besoins en déplacements, en liaison avec les choix de développement urbain. Il était estimé que les déplacements qui augmenteraient le plus étaient ceux en voiture particulière : les achats, les loisirs. De même pour le travail, la multiplication des emplois hors de Paris, qui était proposée, allait accroître les relations de banlieue à banlieue, où la densité urbaine plus faible qu’au centre de Paris demandait une utilisation plus large des transports individuels. Pour autant, il était écrit : « Est-ce dire que l’utilisation de véhicules individuels augmentera aussi vite que leur possession ? c’est moins sûr. (...) Prendre en compte l’avènement de l’automobile, ce n’est donc pas nécessairement s’y asservir, et Los Angeles, si souvent cité comme exemple de la ville pour l’automobile n’est pas, en ses étendues à peine différenciées, l’aboutissement inéluctable de cet avènement ; une telle ville est le résultat d’une option, l’expression de traits nationaux ou peut-être seulement régionaux, dans lesquels nous ne nous reconnaissons pas  »42. Ce sont des valeurs qui étaient ici exprimées et qui rendaient explicites les grandes orientations prises.


Notes :
38 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS,
« Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris », Paris : La Documentation Française, 1965, p.31.

39 ibidem, p.22.

40 ibidem, p.23.

41 Lettre de M. Chalandon, alors ministre de l’Equipement, adressée à M. Poirier, président du Conseil d’administration du district de la région de Paris, le 14 février 1970.

42 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, op. cit., 1965, p.175.


  •    2.2. LES CENTRES URBAINS NOUVEAUX

Comme dans le P.A.D.O.G., plusieurs scénarios sont évoqués et écartés dans le S.D.A.U.R.P. : Paris parallèle, New Towns britanniques (considérées comme un modèle difficile à transplanter), expansion des petites villes de la région, développement accéléré des villes importantes du bassin parisien.

Pour faire face à l’insuffisance clairement perçue des grands ensembles, à l’absence d’équipements collectifs de trop de banlieues, à la congestion du centre, la solution proposée a été de créer des « centres urbains nouveaux, qui seront villes nouvelles dans les zones d’extension, et centres urbains renforcés, diversifiés et rénovés dans les banlieues actuelles »43.
La banlieue existante faisait ainsi l’objet de propositions d’aménagement : le S.D.A.U.R.P. reprenait le principe de nouveaux noyaux urbains, initialement envisagés par le P.A.D.O.G. appelés dès lors « centres urbains restructurateurs ». Versailles, La Défense, Créteil, Bobigny, Rungis, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Stains, et Villetaneuse sont ainsi désignés comme centres restructurateurs de banlieue.
Cependant, le S.D.A.U.R.P. va plus loin que le P.A.D.O.G., en localisant des villes nouvelles en périphérie des périmètres urbanisés. Ce faisant, il rompt avec les principes d’aménagement des plans d’aménagement régionaux antérieurs, qui tentaient de contenir le développement à l’intérieur du périmètre d’urbanisation.
La « viscosité de l’emploi », selon le terme du S.D.A.U.R.P., est une des données essentielles qui a conduit à localiser les zones d’extension et les villes nouvelles près de l’agglomération parisienne, en opposition avec la politique britannique des villes nouvelles autour de Londres.

La « densité » de tels centres nouveaux devait être relativement élevée, non seulement pour permettre une desserte facilitée, mais aussi pour renforcer leur pouvoir attractif, afin d’attirer l’implantation d’équipements complémentaires, et de faciliter la création du centre lui-même 44. Pierre Merlin l’a bien souligné, c’est le centre urbain, plus que la ville nouvelle, qui est le concept de base45.
Ce choix favorable à des densités soutenues dans les centres nouveaux s’accompagnait d’un discours restrictif à l’encontre de l’habitat pavillonnaire : « La grande majorité des habitants de la région de Paris désirerait une maison individuelle avec jardin, mais, si possible, près du coeur de la ville. Ce « si possible » n’est pas possible, et le choix en ces termes sera toujours réservé à un nombre infime de gens riches »46. La création des villes nouvelles devait toutefois redonner sens au choix : les centres seraient assez denses, mais entourés de quartiers composés de maisons individuelles. Leur densité, telle que mentionnée dans le S.D.A.U.R.P., devait être de l’ordre de 60 à 80 habitants à l’hectare, c’est-à-dire plus élevée que l’hypothèse de densité retenue en moyenne dans le P.A.D.O.G., mais il y était également attendu des « quartiers résidentiels à haute densité ».

La description de ce que devait être les villes nouvelles, dans le S.D.A.U.R.P., était très sommaire. Même leurs objectifs démographiques n’étaient pas clairement annoncés. Il était simplement dit qu’elles devraient « desservir » 300.000 à un million de personnes, mais ce chiffre correspondait à la fois aux populations à y implanter et à la population en place dans les secteurs voisins, qui profiterait de leurs équipements, emplois et services.

Les villes nouvelles citées dans le S.D.A.U.R.P. étaient au nombre de huit :
- Pontoise-Cergy, au nord,
- Palaiseau et Plaisir-les-Gâtines, au sud-ouest (qui deviendront Trappes, puis Saint-Quentin-en-Yvelines),
- Vallée de Montmorency, à l’ouest,
- Mantes-Sud, à l’ouest (qui sera abandonnée),
- Evry, au sud,
- Tigery-Sénart, au sud-est,
- les villes nouvelles de la Vallée de la Marne, à l’est (qui deviendront Marne-la-Vallée).

Ces villes nouvelles se trouvaient drainées par une ligne axiale de chemin de fer, offrant une grande capacité de transport, selon des « axes préférentiels »47. Elles n’en sont pas moins conçues pour une large utilisation de l’automobile, mais « nécessité économique ou nécessité sociale, la concentration requise ne s’accorde pas à tous les impératifs d’une circulation totalement automobile »48.

Avant même que la politique des villes nouvelles soit effectivement mise en oeuvre, une action foncière d’envergure était lancée, avec la loi instituant les pré-Z.A.D., le 10 juillet 196549. En novembre 1968, 292 zones d’aménagement différé (Z.A.D.) avaient été créées en région parisienne, provisoirement ou définitivement, couvrant 65.950 hectares ; une quarantaine d’autres projets de Z.A.D. étaient à l’étude50.

Jean-Paul Alduy affirme que le ministère de l’Agriculture n’a même pas été consulté préalablement à cette action foncière, alors que ce sont des milliers d’hectares de terres agricoles que le schéma directeur souhaitait contrôler51. La priorité était clairement donnée à l’accueil des nouvelles populations et aux besoins spatiaux en forte augmentation : la préservation des surfaces agricoles ou naturelles était mise au second plan.

UTILISATION DU SOL PREVUE DANS LES 63.000 HECTARES DE Z.A.D. EXISTANTES OU ENVISAGEES EN 1969

Centre urbain 1.162 ha 1,9%
Habitat 16.036 ha 25,5%
Zone d’activités industrielles 6.654 ha 10,6%
Equipements régionaux et intercommunaux 8.535 ha 13,6%
Base de loisirs et environnement 12.878 ha 20,5%
Espaces boisés et parcs urbains 4.575 ha 7,3%
Emprises routières et ferrées ; zones de nuisances et servitudes diverses 6.596 ha 10,5%
Surfaces non encore affectées avec précision 6.380 ha 10,1%

Source : Préfecture de la R.P., janvier 1969.


Notes :
43 ibidem, p.64.

44 ibidem, p.72.

45 MERLIN, Pierre, op. cit., 1982, p.62.

46 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, op. cit., p.91.

47 Traduisant la priorité à l’extension de l’agglomération, le schéma directeur de 1965 n’évoque pas les projets de prolongement du métro en proche banlieue : ses propositions, en matière de transports en commun, concernent principalement le réseau de R.E.R.

48 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, op. cit. p.177.

49 Les préfets peuvent définir des périmètres provisoires sans l’avis préalable des collectivités locales.

50 PREFECTURE DE LA REGION PARISIENNE, « Rapport sur les propositions de modification et sur la mise en oeuvre du S.D.A.U.R.P. », Paris : Préfecture de la Région Parisienne, janvier 1969, p.34.

51 ALDUY, Jean-Paul, op. cit., p.38.


  3. LES DOCUMENTS ULTERIEURS AU S.D.A.U.R.P. CONFORTENT LES VILLES NOUVELLES

  •    3.1. LE S.D.A.U.R.I.F. : UN SOUCI POUR LES ESPACES NATURELS

Le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région d’Ile-de-France (S.D.A.U.R.I.F.) de 1976, approuvé par décret le jour même où le conseil régional se mettait en place, était à quelques retouches près celui de 1965. La principale modification52 par rapport au S.D.A.U.R.P. était la prise en compte d’une hypothèse de population réduite de 14 à 12 millions à la fin du siècle. Le ralentissement des migrations depuis la province et la baisse de fécondité avaient nécessité cette réduction.

Le S.D.A.U.R.I.F. affirmait de nouveau que l’extension et la restructuration sont deux volets d’une même politique. Mais le préfet Olivier Philip accordait la priorité à la construction de logements dans les communes centrales de l’agglomération, en y rendant davantage de terrains constructibles et en relevant les densités de construction autorisées53. Il constatait qu’on avait jamais construit aussi peu de logements en consommant autant d’espace pour le logement. Le S.D.A.U.R.I.F. a de ce fait consacré une place plus importante à l’évolution souhaitée dans le tissu existant de l’agglomération parisienne, que ce qu’avait fait le S.D.A.U.R.P. Il a encouragé notamment la construction de logements sociaux dans les arrondissements du sud, de l’est et du nord-est de Paris. Il souhaitait limiter l’accroissement démographique de la très proche banlieue, toutefois, en raison des « fortes densités déjà atteintes », de son sous-équipement et de la rareté des espaces disponibles.

La réalisation des villes nouvelles, déjà engagée de façon irréversible, en permettant « la restructuration de la grande banlieue autour de pôles puissants et animés, évitera le développement en tache d’huile de l’agglomération et offrira, par la recherche d’une conception variée et ordonnée, un cadre de vie plus agréable que les anciennes banlieues uniformément pavillonnaires »54

Toutefois, M. Poniatowski, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, a fait savoir par voie de presse à l’administration régionale qu’il souhaitait voir réduire considérablement les objectifs de population des villes nouvelles.
Cette décision politique, doublée du ralentissement de la croissance de la région, a résulté en un moindre objectif de population pour les villes nouvelles. De plus, en raison soit de difficultés locales soit d’arbitrages politiques, le nombre de villes nouvelles a été réduit de 8 à 5 : les projets de villes nouvelles dans le secteur de Mantes et dans la vallée de Montmorency, ainsi que l’un des deux centres urbains initialement prévus près de Versailles ont été abandonnés. Ces « abandons » étaient antérieur au S.D.A.U.R.I.F. et étaient souvent justifiés par des difficultés locales ; le S.D.A.U.R.I.F. n’a fait que confirmer et officialiser l’abandon de ces projets.

Suivant les directives du gouvernement formulées de la lettre du 8 janvier 1975 du Président de la République, des mesures ont été prises ou accentuées afin de maintenir les objectifs de population des villes nouvelles dans la limite de 200.000 à 300.000 habitants selon les cas55, alors que le S.D.A.U.R.P. leur attribuait des objectifs voisins de 400.000 habitants (population « desservie ») :
- Cergy-Pontoise : 200.000 habitants, seize communes ;
- Evry : moins de 120.000 habitants ;
- Saint-Quentin-en-Yvelines : moins de 220.000 habitants56, onze communes ;
- Marne-la-Vallée : 300.000 habitants environ, 21 communes ;
- Melun-Sénart : moins de 300.000 habitants, 18 communes.

La réduction des objectifs de population, alors que les acquisitions foncières étaient faites et que les terrains étaient déjà prévus à l’urbanisation, ont permis de prévoir une plus grande proportion d’habitat individuel dans ces villes nouvelles. Une certaine prudence était toutefois demandée : « Il reste qu’on ne ferait pas de véritables villes par une juxtaposition de grands ensembles d’individuels. Cela poserait d’abord des problèmes d’équilibre des bilans des aménageurs et un accroissement des charges de gestion (voirie, transports) pour les collectivités locales, tout en entraînant une dilution de la vie urbaine »57.
Pour satisfaire à la fois à la demande en habitat individuel et à l’équilibre financier des aménagements, il était alors préconisé d’accroître la catégorie de logements dits intermédiaires, c’est-à-dire de l’individuel superposé avec un espace privatif extérieur significatif58.

Le conseil des ministres restreint du 17 avril 1975 décida malgré tout que deux-tiers des zones industrielles nouvelles, 50% des zones commercialisées, un tiers des surfaces de bureaux agréées, et 25% des logements construits en Ile-de-France devaient être localisés en villes nouvelles dans les dix ans qui allaient suivre59.

Une sensibilité accrue à l’environnement et à la qualité du cadre de vie avait conduit à promouvoir davantage que précédemment la politique d’ouverture au public d’espaces verts et de forêts, de protection des zones naturelles d’équilibre. « La décennie qui vient de s’écouler a permis de mieux mesurer l’importance de ce bien rare qu’est devenu l’espace. L’espace, cadre organique, au sein duquel se développent les grands équilibres écologiques indispensables à la vie. L’espace, cadre végétal, au sein duquel les citadins peuvent satisfaire ce besoin, essentiel, qu’est le contact avec la nature »60.

Les zones naturelles d’équilibre ont tenu une place importante dans le schéma de 197561 : « Les espaces ouverts à l’urbanisation, en particulier dans les villes nouvelles, l’ont, en effet, été de manière à maintenir les zones interstitielles agricoles et les espaces verts, ce qui permet maintenant la mise au point d’une véritable politique des zones naturelles d’équilibre »62.

Le S.D.A.U.R.I.F. annonçait la volonté d’atteindre dans la zone centrale une surface de 10 m² d’espaces verts par habitant, « norme qu’il faut désormais considérer comme minimale » et souhaitait ainsi d’y créer 5.400 ha d’espaces verts accessibles au public63. Pour ce faire, il proposait de réaffecter des terrains acquis par la collectivité en vue d’opérations dont le contenu ou l’objectif ont été modifiés, d’utiliser les sites impropres à la construction, d’utiliser les espaces libérés par la désaffectation de terrains industriels, commerciaux ou administratifs, comme la Villette. Il s’agissait donc d’une nouvelle politique, qui pouvait d’ailleurs paraître paradoxale avec celle qu’il annonçait en termes de densification.

Le S.D.A.U.R.I.F. accordait une réelle priorité aux transports en commun, mais celle-ci était plus nuancée pour les déplacements de banlieue à banlieue, pour lesquels il était dit que l’automobile resterait le moyen de transport prépondérant64.

Tout comme le S.D.A.U.R.P., le S.D.A.U.R.I.F. définit la destination générale des sols en se référant à leurs modes généraux d’occupation (habitat, zones d’activités industrielles et d’entrepôt, zones « mixtes »). Ce schéma directeur n’a pas cherché à fixer des prévisions précises de consommation d’espace. Les calculs sommaires montraient que la population correspondant à l’objectif démographique pouvait être aisément accueillie sur la base d’une densité moyenne à l’hectare très inférieure à la densité moyenne de l’agglomération65. Il faut dire que le S.D.A.U.R.I.F. bénéficiait des espaces classés urbanisables par le schéma directeur précédent, qui avaient été dimensionnés selon des perspectives de croissance bien supérieures. Il n’y avait donc plus la même importance accordée à la densité des espaces à urbaniser, la rareté foncière étant moins pressante. Il était également relativement facile de protéger davantage d’espaces naturels, tout en gardant une capacité d’accueil suffisante.

Une nouvelle version du S.D.A.U.R.I.F., en 1980, a tenu compte du ralentissement persistant de la croissance démographique de la région : on n’attendait plus que 9,5 à 11 millions d’habitants d’ici 2010 (au lieu des 14 puis 12 millions attendus dans les schémas précedents, dans des périodes même plus courtes)66.
La préservation de l’espace rural a ainsi pu être encore renforcée, ce qui a conduit à limiter l’extension de l’urbanisation en dehors de l’agglomération existante et des villes nouvelles : n’ont été proposées que des extensions fort restreintes sous forme de zones discontinues d’habitat à faible densité67. Bien que les perspectives démographiques aient été revues en baisse, ce projet de schéma directeur comportait approximativement les mêmes capacités d’accueil dans les urbanisations nouvelles que celui de 1976.
Ce paradoxe apparent ne s’explique pas seulement par le fait que le schéma directeur de 1976 avait été relativement restrictif. Il trouve pour l’essentiel son explication dans le desserrement constaté de la population, « desserrement qu’il serait vain de vouloir totalement arrêter, et dans l’attrait pour des formes d’habitat peu denses et bénéficiant de la proximité des espaces naturels ».

L’idée dominante de cette nouvelle version du S.D.A.U.R.I.F. était de mieux tirer parti de l’agglomération existante : « Mettre en valeur le patrimoine bâti est essentiel dans une optique d’économie de l’espace et de l’énergie »68.
Il était proposé de continuer à construire et même à construire davantage dans l’agglomération, en utilisant au mieux les terrains vacants et les carrières (4.300 hectares) ainsi qu’une partie des grandes emprises publiques (9.300 hectares) et des friches industrielles : « ces terrains abandonnés ou sous-utilisés constituent un gaspillage inacceptable sur le plan de l’urbanisme aussi bien qu’en termes économiques »69.
Dans cette optique, le nouveau schéma avait le souci de ménager une densité d’habitat collectif « suffisante » dans le centre des villes nouvelles, contrairement à la version précédente qui préconisait plutôt des maisons de ville.


Notes :
52 dont certaines étaient intervenues dès 1969

53 PHILIP, Olivier, « Il faut modifier le schéma directeur de l’Ile-de-France », in : Etudes Foncières, n°43, juin 1989, pp.10-12.

54 I.A.U.R.P., « Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne », Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.43.

55 LANIER, Lucien, « Les villes nouvelles de la région d’Ile-de-France », Paris : P.R.I.F., mai 1977.

56 Les projets d’urbanisation autour des Grandes Ecoles ont été abandonnés, par exemple.

57 LANIER, Lucien, op. cit., mai 1977, p.18.

58 Ce fut réalisé par exemple à Saint-Quentin-en-Yvelines à Maurepas, dans Plessis-le-Roi à Melun-Sénart selon un modèle P.A.N. (programme d’architecture nouvelle), ou à Jouy-le-Moutier à Cergy-Pontoise, qui fit l’objet d’un concours international.

59 ALDUY, Jean-Paul, op. cit., p.49.

60 S.D.A.U.R.P., 1976.

61 ALDUY, Jean-Paul, op. cit., p.50.

62 S.D.A.U.R.P., 1976, p.17.

63 I.A.U.R.P., op. cit., avril 1975, p.102.

64 ibidem, p.84.

65 ibidem, p.52.

66 LANIER, Lucien, « Présentation du projet de S.D.A.U.R.I.F. Mémoire pour le Conseil Régional et le Comité Economique et Social d’Ile-de-France », Paris : P.R.I.F., décembre 1980, p.4.

67 ibidem, p.4.

68 SCHMITZ, François, « La révision du Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région d’Ile-de-France. Rapport de synthèse  », Paris : Conseil Régional d’Ile-de-France, 1979.

69 ibidem


  •    3.2. LE S.D.R.I.F. DE 1994

Les schéma directeur de la région Ile-de-France, approuvé en 1994, est le document de planification actuellement en vigueur. Il est élaboré pour l’horizon 2015. Il a été conçu, comme les précédents, par les services de l’Etat, mais dans un partenariat plus étroit avec les collectivités élues ; en effet, les lois de décentralisation de 1982-1983 ont redistribué les responsabilités politiques entre l’Etat et les collectivités locales, en matière d’urbanisme et de planification. La responsabilité du schéma directeur, en région Ile-de-France, est toutefois restée une prérogative de l’Etat.

  •    3.2.1. L’ORIGINE DES BESOINS : ACCROISSEMENT, DESSERREMENT, RENOVATION

Comme le S.D.A.U.R.P., le S.D.R.I.F. a eu recours à des projections socio-économiques et démographiques, pour estimer les besoins en construction. L’objectif démographique régional, à partir duquel le schéma directeur a été élaboré, a été fixé à 11,8 millions d’habitants en 2015, suite au Comité interministériel d’aménagement du territoire de Mende (juillet 1993). Ce chiffre correspond aux hypothèses basses des projections démographiques et traduit la volonté de freiner la croissance de la région Ile-de-France, selon des préoccupations d’aménagement du territoire. Il signifie néanmoins que la population totale de la région devrait croître de 1,14 million d’habitants d’ici 2015. Le rythme de créations d’emplois serait lui aussi ralenti, et l’on devrait compter environ 709.000 emplois supplémentaires dans la région en 2015, au lieu d’un million si le rythme récent se poursuivait. Mais la demande de constructions nouvelles ne vient pas uniquement de l’accroissement net de population et d’emploi ; le S.D.A.U.R.P. l’avait déjà souligné. Il faut tenir compte également de la demande issue d’une part du desserrement et d’autre part de la rénovation (démolitions à compenser). Les besoins de construction ont été évalués à partir de projections de chacune de ces composantes : accroissement net, desserrement70, rénovation.

Le tableau ci-dessous montre que l’accroissement net ne constitue finalement que 41% du besoin total d’accueil de population et 34% pour l’emploi à l’horizon 2015 : la rénovation et le desserrement seront à l’origine de la majeure partie des besoins nouveaux de construction.
Le rythme de rénovation, très dépendant de la situation du marché immobilier, de l’âge et du confort du bâti, est plus rapide pour les bâtiments d’activités que pour les immeubles résidentiels et crée un besoin d’accueil équivalent à celui issu du desserrement71.

POPULATION ET EMPLOIS A LOGER EN ILE-DE-FRANCE ENTRE 1990 ET 2015

Population Emplois
Accroissement 1.140.000 709.000
Desserrement 810.000 704.000
Rénovation 825.000 647.000
Total à loger 2.775.000 2.060.000

Source : D.R.E.I.F. (J. Peyrony), S.D.R.I.F. 1994

Les besoins étant définis, il restait à localiser les sites d’accueil en fonction des objectifs régionaux. Il revient en effet au schéma directeur :
« - de localiser schématiquement ces espaces pour assurer un aménagement régional cohérent,
- de contrôler l’ordre de grandeur de leur surface en fonction des perspectives de population, d’emploi et de construction pour assurer à la fois une capacité suffisante d’accueil des besoins régionaux et une consommation limitée d’espaces agricoles » (S.D.R.I.F., p.101).
Quel est le parti d’aménagement retenu ? Nous allons citer, ci-dessous, quelques extraits du S.D.R.I.F. pour en cerner les grandes orientations spatiales.
En fait, le gouvernement était favorable aux deux orientations proposées préalablement par le Livre Blanc pour l’organisation de l’espace régional (élaboré conjointement par l’Etat et le conseil régional) : la mise en valeur de la première couronne, et une organisation polycentrique s’appuyant sur le renforcement des villes nouvelles72. Ceci était supposé permettre de limiter la consommation d’espace.

Favoriser le polycentrisme
« La valorisation de la zone centrale constitue un des grands enjeux du schéma directeur : pour limiter la consommation de nouveaux espaces agricoles, cette zone centrale devra répondre par ses mutations et restructurations internes à l’accueil d’une partie conséquente de la croissance ». (p.37)

Créer des espaces verts
« Pour la qualité de la vie de ses habitants comme pour leurs besoins physiologiques, il est nécessaire que la ville comporte une quantité suffisante d’espaces verts. (...) Il est essentiel que tous les citadins puissent bénéficier de la présence d’espaces plantés à proximité de leurs lieux de vie » (p.17). De plus, « Il s’agit de veiller à ce que, dans la zone agglomérée de la proche et de la grande couronne, les mesures nécessaires soient prises pour tendre, dans la mesure du possible, vers un objectif de 10 m² d’espaces verts, publics ou privés, par habitant. » (p.59)
La volonté de « sauvegarder l’environnement », affichée dès le premier chapitre du S.D.R.I.F., a conduit à déterminer les sites à ne pas urbaniser. La pérennité de l’activité agricole et la préservation des bois et forêts « imposent un prélèvement économe de l’espace par l’urbanisation ». La « ceinture verte », située entre 10 et 30 km autour de Paris, est désignée pour notamment freiner et maîtriser le développement en tache d’huile de la zone agglomérée.

« Equilibrer » les taux d’emploi
C’est là l’expression de la volonté de « contrecarrer la tendance spontanée à la concentration des emplois, particulièrement tertiaires, au centre, et à l’éloignement des logements à la périphérie. (...) Le schéma directeur vise à redresser les taux d’emploi les plus faibles qui se trouvent pour l’essentiel en grande couronne » (p.87).
Ainsi, « la volonté de rééquilibrer le territoire de l’Ile de France se traduira par une nette décélération de la croissance de la population en grande couronne » (p.81) et par des implantations tertiaires dans les secteurs où, ces dernières années, s’est faite la croissance démographique.

Il convient d’éclairer davantage les deux aspects complémentaires qui concernent les villes nouvelles : les extensions urbaines et l’évolution du tissu urbain existant.


Notes :
70 Le desserrement est la traduction spatiale de plusieurs tendances qui concourent à augmenter les surfaces nécessaires même lorsque la population ou l’emploi n’augmente pas. Nous en avons montré les enjeux quantitatifs dans nos mesures de l’évolution des densités (premier chapitre).

71 Notons que ces projections ont été établies alors que la situation économique était meilleure que ce qu’elle est devenue depuis. Une actualisation de ces projections conduirait vraisemblablement à de moindres besoins.

72 « Le livre blanc de l’Ile-de-France », Paris : D.R.E.I.F., A.P.U.R., I.A.U.R.I.F., janvier 1990, 95p.


  •    3.2.2. LES EXTENSIONS URBAINES

Michel Rocard, alors Premier Ministre, en demandant la préparation d’un nouveau schéma directeur pour la région Ile-de-France, en juillet 1990, insistait sur la nécessité d’ouvrir de nouveaux espaces à l’urbanisation : « Le schéma directeur devra s’attaquer, de façon tout à fait prioritaire, à la question lancinante de l’insuffisance de l’offre foncière, en veillant à l’insertion des nouvelles constructions dans un environnement urbain de qualité »73. Cette directive donnée par le gouvernement ne visait donc pas une réduction significative des urbanisations nouvelles, au contraire.

Au total, le S.D.R.I.F. a désigné 43.450 hectares d’espaces urbanisables à l’horizon 2015, soit 1.750 ha / an. Ce chiffre peut être comparé aux 1.763 ha / an d’urbanisation effective réalisée dans la période 1982-1990 ; les deux chiffres sont d’ordres comparables. Il convient de préciser cependant que les hectares d’urbanisation nouvelle prévue par le S.D.R.I.F. correspondent à une offre foncière préparée pour les 25 prochaines années, et que ces hectares ne seront pas nécessairement effectivement urbanisés 74.

Le S.D.R.I.F. distingue trois catégories d’espaces urbanisables, qui ont des règles différentes75 :
- 18.500 hectares figurent sur la carte en « espaces quadrillés ». Ils étaient déjà inscrits au S.D.A.U.R.I.F. de 1976 comme espaces urbanisables76. Une règle établit que ces terrains devront être ouverts à l’urbanisation d’ici à 2003 à hauteur d’au moins 50% (et à hauteur de 100% pour les villes nouvelles). Leur totalité sera ouverte à l’urbanisation en 2015 ;
- 33.481 hectares figurent sur la carte en « espaces hachurés ». Ils sont dits « espaces partiellement urbanisables ». En 2003, au moins 30% de ces espaces auront été ouverts à l’urbanisation en grande couronne, et au moins 40% à Paris et proche couronne. Les schémas directeurs locaux devront spécifier le nombre d’hectares qui seront ouverts à l’urbanisation entre 2003 et 2015, à hauteur d’au plus 30% en grande couronne et au plus 40% à Paris et en proche couronne. Au maximum, 20.350 hectares sur les 33.481 cartographiés seront ouverts à l’urbanisation d’ici 2015 ;
- 4.600 hectares correspondent à la consommation d’espaces résultant du développement modéré des bourgs et villages. Ils sont voués à être totalement urbanisés d’ici 2015.

La répartition spatiale des urbanisations, finalement retenue, est la suivante :

ESPACES A URBANISER ENTRE 1990 ET 2015

Hectares à ouvrir à l’urbanisation Pop. + emplois à accueillir en sites urbanisés nouveaux
Paris 510 124.000
Petite couronne 1.550 210.000
Grande couronne 41.610 1.417.000
Région Ile-de-France 43.670 1.751.000

Source : D.R.E.I.F. (J. Peyrony), S.D.R.I.F. 1994, chiffres arrondis

Le S.D.R.I.F. mentionne clairement les villes nouvelles comme devant participer à l’organisation polycentrique de la région, confirmant en cela le S.D.A.U.R.P. de 1965.
Les villes nouvelles, « dans un souci d’économie d’espace (...), devront développer autour de points singuliers, gares, équipements publics majeurs, centre de bourg ancien, une image et une identité propre à partir d’un urbanisme plus dense et mieux structuré, ce qui permettra d’accueillir une population nombreuse à proximité immédiate de ces équipements » (p.99).

Les perspectives ci-dessous, qui n’ont aucune valeur juridique, montrent qu’il est souhaité que les emplois se développent plus vite que les logements dans les villes nouvelles, d’ici 2015, ce qui se traduira par un rythme d’accroissement du nombre d’emplois (74%) deux fois plus élevé que celui des habitants (+38%). Ces perspectives ne sont qu’indicatives.

PERSPECTIVES DE POPULATION ET D’EMPLOI POUR LES CINQ SECTEURS DE VILLES NOUVELLES, 1990-2015

Nombre d’habitants Nombre d’emplois
Cergy-Pontoise 48.000 +28% +37.039 + 47%
S.M.E.C. (Evry) 37.900 + 36% + 29.045 + 50%
Marne-la-Vallée 108.766 + 47% + 96.951 + 123%
Sénart 53.100 + 69% + 37.133 + 186%
Saint-Quentin-en-Y. 33.286 + 22% + 25.431 + 37%
Ensemble des Villes nouvelles 281.052 + 38% + 225.599 + 74%
Région Ile-de-France + 1.140.000 + 11% + 709.000 + 14%

Sources : d’après D.R.E.I.F. (perspectives infra-départementales du S.D.R.I.F., hypothèses de travail), et S.G.V.N. 1994.


Notes :
73 Lettre de Michel Rocard, Premier Ministre, adressée à Olivier Philip, Préfet de la région Ile-de-France, le 23 juillet 1990.

74 Cette offre a été quantifiée et spatialisée, de façon à permettre la valorisation des équipements (transports notamment) qui seront réalisés en grande couronne

75 JEANNE, Frédérique, « Les densités urbaines : ambitions du S.D.R.I.F. et processus de mise en oeuvre », Paris : D.R.E.I.F., décembre 1996, 54p.+annexes.

76 Plusieurs dizaines de projets de Z.A.C. étaient incompatibles avec le S.D.A.U.R.I.F. de 1976. Ce schéma comportait en effet un zonage fonctionnel, qui assignait des vocations particulières (logements, industrie, tertiaire, etc.) à certaines zones dans lesquelles il était impossible de lancer des Z.A.C. avec un programme diversifié. Cela venait aussi, dans d’autres cas, d’une prescription de « maintien et mise en valeur du patrimoine bâti dans sa forme et ses fonctions actuelles » qui interdisait de densifier le tissu urbain. cf. Note interne de Nathalie Roseau, « Mise en oeuvre de la compatibilité des documents d’urbanisme avec le S.D.R.I.F. », Paris : D.R.E.I.F., nd., 14p.


  •    3.2.3. LA DENSIFICATION DU TISSU URBAIN EXISTANT

Le parti retenu a été d’assigner au tissu urbain existant la mission d’accueillir une partie de l’augmentation nette de la population et de l’emploi franciliens, soit plus que le « point mort » (chiffre de construction minimale pour stabiliser la population et l’emploi, en tenant compte du desserrement et du renouvellement).

Le tissu existant doit donc atteindre cinq objectifs :
- évolution vers un meilleur confort,
- reconquête des secteurs dégradés,
- équilibre habitants / emplois,
- présence accrue de services de proximité,
- offre de logements diversifiée.

Dans l’agglomération, le S.D.R.I.F. prévoit l’émergence de pôles urbains, plus autonomes par rapport à la capitale, et avance la notion de polycentrisme. Les sites de redéveloppement concernés sont notamment la Plaine Saint-Denis, la Seine-Amont et Billancourt.

En zone centrale, il est indiqué que les opérations de restructuration urbaine, de traitement des « dents creuses » et de reconstruction d’immeubles vétustes ou inadaptés devront donner la priorité à l’habitat, dans la perspective de réduire le déséquilibre habitat / emploi.

La petite couronne se voit fixer des objectifs d’accueil dans son tissu existant bien supérieurs aux autres secteurs. Les ambitions de densification ne sont donc pas négligeables. Elles sont le complément des nouvelles ouvertures à l’urbanisation, avec le souci de densifier pour revaloriser. La part de la densification dans l’accueil des habitants et emplois à loger est fixée à 64% d’ici 2015, contre 36% pour les urbanisations nouvelles.

Chacun des documents de planification régionale, dont nous venons de présenter la politique à l’égard du développement urbain et des villes nouvelles, a tenté d’apporter une réponse à la dialectique extension-densification. Il s’agissait en fait d’une dialectique à trois composantes : extension, densification de la banlieue, décongestion du centre. Ce dernier aspect était parfois totalement omis (plan Prost), parfois mentionné mais peu volontaire (S.D.A.U.R.P.), parfois entièrement intégré à la stratégie (P.A.R.P. révisé, P.A.D.O.G.). On a cependant le sentiment qu’il était toujours latent : l’hygiénisme, les conditions d’habitat, les îlots dégradés, puis la demande sociale d’espaces verts motivaient la réduction des densités du centre de l’agglomération.

La densification de la banlieue a été un thème récurrent de tous les plans que nous avons présentés. Chacun a proposé ses solutions propres : combler les vides, bâtir des grands ensembles, créer des centres urbains nouveaux ou des « centres restructurateurs de banlieue ».

Enfin, en ce qui concerne les extensions urbaines, dont les villes nouvelles sont emblématiques, il est apparu que seul le S.D.A.U.R.P. n’a pas cherché à la limiter : tous les autres plans visaient à la freiner, soit en définissant un périmètre d’agglomération, soit en désignant des espaces particuliers à protéger. Toutefois, même si le S.D.A.U.R.P. projetait d’importantes superficies d’urbanisation, il les organisaient et les planifiaient dans le but d’en restreindre le volume total : les villes nouvelles étaient pensées comme centres urbains denses.

  4. EXTRAITS DES SCHEMAS DIRECTEURS D’AMENAGEMENT DE LA REGION ILE-DE-FRANCE

Nous proposons ici quelques extraits significatifs des principaux documents de planification ayant conduit à la réalisation des villes nouvelles. Le plan d’aménagement de la région parisienne (P.A.R.P.), de 1939, et le plan d’aménagement et d’organisation générale (P.A.D.O.G.) de 1960, sont mentionnés pour retracer l’évolution des ambitions à l’égard du développement urbain de la région parisienne. Nous développons davantage les extraits relatifs au schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (1965), qui fut le document fondateur des villes nouvelles, dont Paul Delouvrier fut le principal responsable.
Ensuite, quelques extraits des schémas directeurs ultérieurs sont livrés, pour montrer comment le projet des villes nouvelles est poursuivi et adapté au contexte de chaque époque. Il s’agit ici d’extraits intégraux, de « morceaux choisis ».

  •    4.1. LE PLAN D’AMENAGEMENT DE LA REGION PARISIENNE (1939)

Il y a lieu de mettre de l’ordre dans ce vaste territoire et d’éviter le gaspillage des efforts résultant d’une trop grande dispersion de la population.
Deux catégories de mesures destinées à répartir et à régler la densité de la population
1) restriction au droit de lotir
2) réglementation des constructions.77

Il ne peut être question d’apporter une restriction absolue au droit de bâtir, mais il importe de tempérer le droit de lotir78.

La dispersion des lotissements au hasard des spéculations, depuis la guerre, est une lourde charge qui grèvera pendant très longtemps les finances des municipalités.79

Il importe que chaque commune délimite les parties de son territoire qu’elle juge susceptibles d’être complètement urbanisées. Hors de ces limites, les lotissements seront complètement interdits. (...)
Ces délimitations communales seront proposées par le plan régional ; elles devront être ratifiées ou amendées par les municipalités.80

La densité des cités est fonction du volume des constructions ; ce volume, surface et hauteur, est réglementé et maintenu dans des limites maxima à l’aide des règlements de voirie et de salubrité.81

Le programme des servitudes du présent projet prévoit un desserrement de l’agglomération centrale constituée par la banlieue immédiate de Paris. Les immeubles y seraient moins élevés qu’à Paris et les cours plus larges. Les localités formant la banlieue moyenne auraient des constructions nettement moins élevées et des cours très amples réalisant des habitations saines et agréables à habiter.
La banlieue périphérique garderait en partie sont caractère rural.82

La limitation de la surface agglomérée de chacune des communes et la limitation du volume des constructions permettra de remédier à l’éparpillement des éléments formant la région parisienne.
Il y a lieu aussi de tenir compte du déplacement de certaines parties de la population résultants de la destruction des îlots insalubres et du réaménagement des quartiers trop denses, buts essentiels de toute oeuvre d’urbanisme.83

Le plan d’aménagement prévoit une zone spéciale rejetée au nord-est de l’agglomération en liaison avec une voie ferrée de la ligne du chemin de fer du Nord, aujourd’hui abandonnée, mais dont l’emprise subsiste encore. Cette zone, réservée aux usines dangereuses et insalubres, serait entourée d’un large boisement, de façon à en dissimuler la vue aux touristes venant de Belgique et du Nord de la France.84

Les cinq voies nouvelles ainsi proposées devraient remédier au défaut de circulation qui caractérise les accès de Paris.85

La malheureuse banlieue parisienne à laquelle 30 années d’extension irraisonnée ont imprimé des marques indélébiles qu’il faudra, avec le temps, s’efforcer d’atténuer.86

Le réseau des voies permettra aux Parisiens de gagner facilement les grandes réserves de verdure constituée par les forêts.
Ces espaces libres sont, par endroits, trop espacés les uns des autres et, par ailleurs, ils sont insuffisants pour les nécessités du développement de l’agglomération.
De nouveaux espaces sont projetés.87

La région parisienne comprend 651 communes réparties sur 51.200 hectares, et elle est peuplée d’à peu près 6.800.000 habitants.88

Le projet présenté est destiné à ordonner et à vertébrer l’agglomération parisienne.
Circulation, hygiène, esthétique sont les objectifs de l’aménagement proposé.89

Ce projet anticipe sur toute exécution de travaux. Il a pour caractéristique d’en réserver les possibilités dès que les nécessités économiques l’exigeront.90

Aucun espace libre, aucun square, aucun terrain pour les services publics n’a pu être réservé en temps utile (dans les lotissements).91

Les transformations qui pourraient être apportées dans la capitale à l’intérieur du boulevard circulaire sont l’objet d’études remarquables et attentives par le Service du Plan de Paris. Elles ne sont pas figurées sur ce projet, n’étant pas dans le cadre des études du Comité Supérieur.92

De là, toutes ces conceptions d’artistes dont quelques-uns n’hésitaient pas à évaluer la population future urbaine et suburbaine à plus de dix millions d’habitants.93

“Il ne s’agissait plus de préparer de nouveaux réservoirs d’agglomération ; il fallait avant tout mettre un peu d’ordre dans le chaos actuel. L’essentiel était désormais d’organiser le grand Paris et non de l’étendre davantage.”94

C’est au premier chef un problème de circulation.95

Les nombreuses routes nationales qui partent de Paris dans toutes les directions ne suffisent plus à sa circulation interne et externe.
Cinq grandes routes radiales.


Notes :
77-78-79-80-81-82-83-84-85-86-87-88 P.A.R.P.

89-90-91-92 Exposé de Henri Prost, à propos du P.A.R.P.

93-94 Exposé de louis Dausset (président du Comité supérieur), à propos du P.A.R.P.

95 Exposé de louis Dausset (président du Comité supérieur), à propos du P.A.R.P.


  •    4.2. LE PLAN D’AMENAGEMENT ET D’ORGANISATION GENERALE : P.A.D.OG. (1960)

Le plan d’aménagement et d’organisation générale de la région parisienne définit notamment :
- les principales zones dans lesquelles doit être envisagée une évolution du nombre des habitants et des possibilités d’emploi et l’ordre de grandeur de cette évolution,
- les zones à protéger au titre de l’agriculture ou des espaces verts,
- les secteurs dont l’urbanisation peut être poursuivie ou entreprise96.

“D’une manière schématique on peut dire que la répartition de la population de l’agglomération parisienne, ou si l’on veut sa densité, varie de 10 à 1 entre sa partie centrale (Paris et certaines communes immédiatement limitrophes) et sa partie périphérique.
Elle est trop élevée dans la partie centrale ; elle ne l’est souvent pas assez dans la périphérie.
C’est en créant ou aménageant des noyaux fortement urbanisés et équipés que l’on pourra résoudre ce problème si général ; en un mot en restructurant l’agglomération dans tous les domaines.
Le noyau central est trop dense et trop lointain de la périphérie de l’agglomération. Il faut à la fois reconquérir et rénover les noyaux anciens de la banlieue et aussi créer des noyaux nouveaux.”
97
(...)
Comment choisir de telles localisations ?
Les principaux critères à retenir sont :
1- Disposer d’un terrain à peu près libre ou facile à libérer et assez vaste (500 à 1000 ha) pour que puissent y trouver place les programmes de logements (à densité assez forte), les services publics prévus et ceux qui peuvent être envisagés, et les installations privées pour lesquelles les terrains doivent être non seulement disponibles mais aménagés pour les recevoir facilement.
2- Constituer un site intéressant ou acceptable pour y créer une véritable ville nouvelle.
3- Que des relations rapides routières et ferrées, tant avec Paris qu’avec les parties peuplées de l’agglomération les plus voisines existent.

Quatre hypothèses évoquées dans le P.A.D.O.G. : Villes Nouvelles le long d’une grande voie
Extension importante de villes existantes
Villes Nouvelles à 40 ou 50 km de Paris
Noyaux urbains dans l’agglomération

Les besoins totaux annuels résultant de la situation actuelle :
Remplacement des logements insalubres 6 000
Desserrement 13 000
Renouvellement exceptionnel du patrimoine immobilier 10 000
Renouvellement normal du patrimoine immobilier 20 000
soit au total 49 000
c’est-à-dire environ cinquante mille logements par an

Or, à cette estimation de besoin doit être ajoutée celle résultant de l’évolution future de la population.

Un besoin supplémentaire de 12 500 logements qui s’impose au titre de l’immigration et de l’accroissement naturel.

Ainsi, dans cette hypothèse favorable, la somme théorique des besoins actuels et des besoins nouveaux représenterait donc approximativement 75.000 logements par an et ceci en supposant néanmoins que la situation normale du logement dans la Région Parisienne ne serait rétablie que dans une quinzaine, voire une vingtaine d’années.98

Les maisons individuelles ou les collectifs isolés de moins de 20 logements ne posent pas de problèmes importants pour leur localisation.99

L’inventaire auquel il a été procédé des seuls secteurs anciens, insalubres ou vétustes à rénover par l’action publique, montre qu’il existe dans l’agglomération parisienne quelque 2.250 hectares de cette nature (dont 1.200 pour Paris seulement). En supposant très approximativement qu’ils pourront recevoir, suivant les lieux, 60 à 100 logements à l’hectare, ils représentent en puissance des possibilités de construction pour 200 000 logements.100

Par un desserrement dans Paris, par une densification en banlieue, ils doivent correspondre à une partie des besoins groupés dans la catégorie des besoins actuels.

Si l’on retient le chiffre moyen de 50 logements à l’hectare, à peu près unanimement admis (en y comprenant les surfaces nécessaires pour tous les équipements publics), les superficies à dégager seraient :
Pour l’agglomération parisienne de 200.000 logements / 50 = 4 000 hectares
Pour le reste de la Région de 50 000 logements / 50 = 1 000 hectares
soit au total 5 000 hectares, c’est-à-dire environ la moitié de la superficie de Paris.101

Une urgence particulière étant faite pour les zones à urbaniser par priorité102.

Alors que depuis 1920, la circulation tout en changeant de caractère a au moins quadruplé, la superficie totale des voies urbaines n’a augmenté que de 10%.103

Enfin, pour faire face aux besoins croissants du stationnement, les trottoirs des grandes voies ou avenues de Paris, sont progressivement transformés en parkings, au détriment de la circulation des piétons.104
(...) Il est donc au minimum indispensable de prévoir que la circulation sera doublée en 15 ans.

Plusieurs périmètres importants indiquent des secteurs pouvant ou devant faire l’objet d’aménagement d’ensemble de caractère régional. Ces secteurs, compte tenu de l’état actuel des études, ne sont qu’au nombre de 3 correspondant aux 3 noyaux principaux de restructuration.105

D’autres périmètres délimitent les zones à urbaniser avec une différenciation particulière pour celles qui doivent l’être par priorité. Ces zones représentent au total, indépendamment des secteurs précédents, plus de 5.000 ha dans la seule agglomération parisienne, dont 4.000 peuvent faire l’objet d’opérations de grands ensembles d’habitations, avec services publics et espaces verts. Elles représentent des possibilités de construction pour 200.000 logements environ. (...)
Les secteurs devant faire l’objet de rénovation (qui correspondent à des quartiers insalubres, vétustes ou mal occupés) sont indiqués, tant à Paris même que dans les autres communes de l’agglomération parisienne. Ils représentent quelques 2.250 ha, dont ha à Paris.106

Zones d’activités industrielles projetées, prévues au Plan, représentent 1.500 ha dont 1.000 ha dans l’agglomération parisienne proprement dite et 500 dans le reste de la région.107

“Autant se justifie un desserrement de la partie centrale de l’agglomération parisienne, autant un regroupement et une densification de la partie périphérique de l’agglomération dans ses limites actuelles s’imposent”.108

La population de la Région Parisienne est répartie entre 1388 communes dont 1098 ne dépassent pas 2000 habitants.

La plupart des industriels qui se déplacent et en particulier ceux qui s’installent dans des locaux neufs désirent, et ceci est particulièrement légitime et opportun, améliorer les conditions de travail et moderniser leurs installations ; ils souhaitent en général développer leurs surfaces de travail et de stockage sur un ou deux niveaux au maximum, ce qui a pour conséquence d’augmenter les surfaces nécessaires au sol.
(...)
Les superficies moyennes occupées actuellement par ouvrier varient de 10 m² dans certaines branches d’activités à 50 m² pour la grosse métallurgie. Ces surfaces sont nettement insuffisantes et, compte tenu de l’évolution technique et sociale, de la nécessité de réserver des surfaces parking et d’espaces libres autour des bâtiments industriels on devrait tendre dans l’avenir vers une superficie de l’ordre de 50 m² de planchers par ouvrier, la surface au sol correspondante devant être de l’ordre de 75 m². Pour fixer un ordre de grandeur de la superficie à réserver pour les zones nouvelles d’activités, le chiffre moyen de 50 m² au sol peut être retenu, tout au moins pour la première tranche, en fonction du caractère des industries et du prix de revient relativement élevé du terrain dans l’agglomération parisienne109.
50 m² x 300 000 = 15 000 000 m², soit 1 500 hectares, dont en première urgence 1.000 hectares dans l’agglomération parisienne proprement dite et 500 hectares dans les diverses villes périphériques. Les localisations nouvelles proposées dans l’agglomération parisienne ont été recherchées par zones de 10 à 50 ha dans les secteurs “ dortoirs ”.110


Notes :
96 P.A.D.O.G., 1960, p.2.

97 P.A.D.O.G., 1960, p.18.

98 P.A.D.O.G., 1960, p.41.

99-100 P.A.D.O.G., 1960, p.44.

101 P.A.D.O.G., 1960, p.44.

102 P.A.D.O.G., 1960, p.45.

103-104 P.A.D.O.G., 1960, p.62.

105-106-107 P.A.D.O.G., 1960, p.75.

108 P.A.D.O.G., 1960, p.114.

109 P.A.D.O.G., 1960, p.133.

110 P.A.D.O.G., 1960, p.75.


  •    4.3. SCHEMA DIRECTEUR D’AMENAGEMENT ET D’URBANISME DE LA REGION DE PARIS (1965)

DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, 261p.

Paris n’a jamais manqué des idées, des plans, et des oeuvres de ceux que l’on n’appelait pas encore des urbanistes. Quant aux banlieues, sans cesse grandissantes depuis un siècle, elles n’ont connu, sauf rares exceptions, que les trouées des routes nationales et le désordre de bâtiments disparates.

Il ne fallut que 2 ans pour établir ce plan qui, sous l’impulsion d’Henri Prost et de ses collaborateurs, fut présenté le 14 mai 1934. Il fallut ensuite plus de cinq années pour qu’il fut approuvé, par décret-loi, le 22 juin 1939.

Le nombre des voitures particulières va continuer à s’élever : aujourd’hui en région de Paris, il en existe une pour cinq habitants, l’an 2000 en verra une pour trois habitants environ111.

Dans le S.D.A.U.R.P., la population française de l’an 2000 était estimée devoir atteindre 75 millions de personnes, dont 77% serait urbaine. En 1985, étape intermédiaire, la population française aurait dû être, selon ces mêmes estimations de 1965, de 60 millions, dont 73% d’urbains112.

“Accroissement considérable des besoins par tête, accroissement important du nombre des “têtes” : voilà les données certaines du futur que l’évolution économique et démographique que la France impose à la région de Paris, et qui commandent la nécessité et les dimensions d’un urbanisme novateur”113.

Les habitants de la région parisienne disposent, par tête, d’un nombre de pièces de logement inférieur d’un tiers à celui des habitants de Londres ou de New York. Ce qui signifie que les 6 millions de pièces qui existent en région de Paris en 1962 devraient être portés à 9 millions pour parvenir au standard londonien ou new-yorkais d’aujourd’hui.
D’où la conclusion du S.D.A.U.R.P. : “Même si l’agglomération parisienne n’augmentait pas d’un habitant, son extension spatiale serait inéluctable”114.

Les hypothèses de travail du S.D.A.U.R.P. de 1965, concernant l’évolution des besoins étaient dans “moins d’une quarantaine d’années” :
- Population : accrue des deux tiers (multipliée par 1,65 : de 8,4 à 14 millions d’habitants),
- Voitures particulières : multipliées par 3 (de 1,7 à 5 millions),
- Déplacements par tous moyens de transport : multipliés par 3 à 4,
- Logements : presque doublés (de 3,2 à 6 millions) en nombre de logements, et sans doute triplés en nombre de pièces115.

“Le besoin de surface grandit dans des proportions bien supérieures : les usines et les bureaux construits aujourd’hui utilisent, par emploi, une surface au moins double des usines et des bureaux d’autrefois ; les logements modernes, avec leurs annexes immédiates (petits espaces verts, parcs à voitures, etc.) demandent déjà trois fois plus de superficie au sol que les anciens logements (100 m² par personne contre 35 m² avant la guerre) ; il en est de même pour les écoles, les installations commerciales... Dès qu’il n’a plus faim de pain, l’homme a faim d’espace, et cette faim d’espace du citadin, trop longtemps à l’étroit, n’en est qu’à ses débuts”116.

“Pour l’urbaniste, la seule manière de prévoir l’imprévisible est de voir grand. Il serait donc léger de céder aux pressions quotidiennes exercées en faveur de besoins tels que le logements pour densifier abusivement les rares terrains disponibles dans les agglomérations actuelles. Voir grand, c’est avoir la sagesse de garder des réserves intra-muros en même temps que la hardiesse d’aller construire au large des périmètres urbains d’aujourd’hui”117

Le S.D.A.U.R.P. s’appuyait sur les exemples de grandes villes à l’étranger, où il était prévu une extension en surface beaucoup plus que proportionnelle à la croissance de la population118 :
- à Washington, pour une population multipliée par 2,5, superficie multipliée par 5 à l’horizon 2000, sauf mesures freinant cette évolution spontanée ;
- à New-York, pour une population accrue d’un tiers, superficie doublée, à l’horizon 1985 ;
- à Copenhague, pour une population accrue de 70%, superficie triplée, à l’horizon 2000.

Il ne peut y avoir d’urbanisme sans prise en compte des aspects quantitatifs : “L’urbanisme... tend à créer les conditions nécessaires (et d’ailleurs non suffisantes) au bien-être, des hommes, sans se mêler de leur bonheur”. (Pierre Dufau, “Non à l’urbanisme”, Paris : 1964).

De ces conditions du bonheur, deux paraissent dominantes et susceptibles de recueillir l’accord de tous, selon le S.D.A.U.R.P. : la diminution de la fatigue et la restauration d’une possibilité de choix dans la vie du citadin de condition modeste119.

Si les “new towns” situées autour de Londres sont assez réussies au niveau de leur urbanisme interne - c’est-à-dire au niveau de 50 000 à 80 000 habitants - il est maintenant reconnu officiellement (Livre blanc “ South East England ”, Londres H.M.S.O., mars 1964, p.4) qu’au niveau de la région urbaine de Londres - c’est-à-dire au niveau de 18 millions d’habitants - elles ne constituent pas une solution appropriée.

Le P.A.D.O.G. : C’est essentiellement parce que les besoins auxquels il cherchait à faire face se sont révélés très vite fortement sous-estimés, que la nécessité du présent schéma directeur s’est imposée120.

Pour une population supérieure de 10% (8,2 millions d’habitants à Londres contre 7,4 millions à Paris), la superficie de l’agglomération londonienne excède de 50% celle de l’agglomération parisienne (2 160 km² contre 1 450 km²)121.
(...)
Cette première approche fait ainsi apparaître une agglomération parisienne anormalement petite pour sa population actuelle.
Au sein de cette agglomération, la population est loin d’être également répartie : de la zone la plus centrale (27 km² comprenant les onze premiers arrondissements) à la zone la plus extérieure de l’agglomération (700 km², soit la moitié de la superficie totale), la densité de population varie de 352 habitants à l’hectare à 12 habitants à l’hectare. Pour Londres, les chiffres extrêmes par zone sont de 132 et 18 habitants à l’hectare.
(...)
Faut-il conclure, à ce stade de l’analyse, qu’il est inutile de chercher plus avant, et que la solution évidente aux problèmes de l’urbanisme parisien consiste en une compensation entre zones surpeuplées et zones sous-peuplées ? Pour une densité “moyenne” de 75 habitants à l’hectare, l’agglomération actuelle ne pourrait-elle abriter, selon ses diverses définitions, de 9 à 11 millions d’habitants ?.
La solution n’est pas si simple, et il faut poursuivre l’analyse, pour deux motifs :
- d’abord, le facteur temps doit entrer en ligne de compte : une telle redistribution des populations est-elle possible, à quel rythme ?
- Paris, n’est pas faite que d’habitat, et même n’est pas faite principalement d’habitat. La densité résidentielle - la densité à 3 heures du matin, a-t-on pu dire - ne peut pas être l’unique mesure de l’occupation du sol, ni le seul critère d’une bonne organisation urbaine122.

La description de l’agglomération ne peut se borner à celle de la densité résidentielle. Elle doit s’étendre, au-delà des statistiques trop globales, aux problèmes, ressentis par tous, de la disparition rapide des espaces libres au sein et aux abords de la zone agglomérée123.

Si la forme concentrique est acceptable pour une agglomération de taille modeste, elle présente un inconvénient majeur pour une grande cité : l’éloignement des zones de verdure et de nature pour les habitants de la partie centrale. L’inconvénient croît au carré, pourrait-on dire : au fur et à mesure que la tache d’huile s’étend, la nature s’éloigne davantage et le nombre d’habitants qui en sont privés augmente considérablement124.

A une époque ou les ordres de grandeur concernant la région de Paris n’étaient pas clairement perçus, la rénovation du tissu urbain existant a pu paraître une alternative à l’extension de l’agglomération en surface, ou, tout au moins, un moyen de limiter fortement cette extension.
En fait, mesurée au nombre de logements détruits, cette rénovation s’est avéré beaucoup plus lente qu’il n’était prévu125.

Les grands ensembles construits depuis la guerre en banlieue et les critiques qui se sont concentrées sur leurs déficiences, ont fait oublier les conditions lamentables dans lesquelles, au cours des années qui ont suivi la première guerre mondiale, les lotissements ont submergé les environs, boisés ou cultivés, de l’agglomération d’alors. En dix années environ, 10 000 hectares, soit une superficie équivalente à celle de Paris intra-muros, ont été - à raison de 20 logements à l’hectare en moyenne - couverts de pavillons dépourvus de voirie et des équipements les plus élémentaires126.


Notes :
111-112 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, 261p.

113-116 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.21.

114-115 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.22.

117 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.23.

118 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.24.

119 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.26.

120 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.31.

121 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.38.

122-123 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.39.

124 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.46.

125 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.49.

126 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.53.


Commentaire sur le P.A.D.O.G., dans le S.D.A.U.R.P.

Le P.A.D.O.G. prévoit que l’agglomération est limitée par une frontière, hors laquelle les constructions urbaines ne sont pas autorisées sauf dérogation. Cette frontière fut fixée sensiblement aux limites de fait “arrondies“ de la zone construite à l’époque en y englobant les espaces libres interstitiels qui y subsistaient.
Hors du “périmètre d’agglomération”, il est stipulé qu’un logement doit disposer d’un minimum de 2 500 m² de terrain, sans que la commune ait aucune obligation d’y conduire ses réseaux d’eau, d’égouts, d’électricité, etc.
cf. carte de limite d’agglo du P.A.D.O.G., p.52 et 55 dans le S.D.A.U.R.P.

Cette limite - l’enceinte de 1960 - s’est révélée à la fois dommageable et intenable face à l’augmentation des naissances et des ménages, face à l’accroissement des besoins d’espace de toute la population, face à la multiplication du nombre des automobiles.
(...)
Quant aux règles de hauteur ou densité prescrites pour les zones d’habitat, elles subissent fatalement de rudes assauts qui se terminent généralement par un “bourrage du terrain”, afin d’amortir la deuxième conséquence de la rareté : la hausse du prix.
(...)
La spéculation sur le prix des terrains, particulièrement sur les terrains situés à l’extérieur de ce périmètre, mais assez proches et relativement bien desservis. Ce sont ces terrains, bien évidemment, que les constructeurs achètent de préférence, et sur lesquels ils demandent des permis de construire comportant des densités très supérieures à celles qui sont normalement autorisées hors du périmètre d’agglomération (4 logements à l’hectare).
En dérogation au P.A.D.O.G., des permis de construire ou des accords préalables concernant une vingtaine de milliers de logements, sur des terrains extérieurs au périmètre d’agglomération fixé à la fin de 1960, il y a moins de cinq ans.

Pour faire face à l’insuffisance clairement perçue des grands ensembles, à l’absence d’équipements collectifs de trop de banlieues, à la congestion du centre, il n’y a pas d’autre remède que de créer des centres urbains nouveaux, qui seront villes nouvelles dans les zones d’extension, et centres urbains renforcés, diversifiés et rénovés dans les banlieues actuelles127.

Pour mettre fin à la pénurie de terrains à bâtir comme à la disparition des espaces libres, il faut sortir hardiment du périmètre d’agglomération fixé il y a cinq ans, mais en choisissant les zones d’extension128.


Notes :
127-128 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.64.


CENTRES URBAINS NOUVEAUX

La “densité” de tels centres ne permet pas seulement une desserte facilitée ; elle renforce leur pouvoir attractif, non seulement pour attirer l’implantation d’équipements complémentaires, mais encore pour faciliter la création du centre lui-même129.

La distinction soulignée plus haut entre le nombre des habitants d’une ville et le nombre personnes que dessert le centre de cette ville vaut particulièrement pour les “villes nouvelles”, puisqu’elles ne seront qu’une partie de l’agglomération dans son ensemble.
(...)
Peut-on dire qu’il s’agit de véritables villes ?
Non, si ce terme évoque l’image traditionnelle d’une ensemble de constructions isolées au milieu de la campagne.
Non, de même, si la ville est définie d’emblée par un territoire communal, dont on connaît l’exiguïté en France. (...)
Oui, par contre, si l’on considère comme ville la réunion d’une population et d’un centre urbain130.

La “viscosité de l’emploi”, selon le terme du S.D.A.U.R.P., est une des données essentielles qui a conduit à localiser les zones d’extension et les villes nouvelles près de l’agglomération actuelle.

L’orientation retenue : plusieurs axes préférentiels.
(...)
C’est la solution “urbanistique” la plus efficace au moindre coût des investissements en transport, qu’il s’agisse de nouvelles lignes ferrées ou des voies autoroutières.
(...)
C’est un fait connu, en effet, que les habitants, les artisans, les industriels d’un secteur de Paris, lorsqu’ils se déplacent pour se desserrer, choisissent le plus souvent leur nouvelle implantation dans une banlieue de la même direction géographique131.

Paris étant une des villes les plus denses du monde, (...) la croissance des revenus, rendant solvables les désirs d’agrandissement, fera “exploser” spatialement, si l’on peut employer ce mot pour un phénomène qui s’accomplira en plusieurs années132.

La grande majorité des habitants de la région de Paris désirerait une maison individuelle avec jardin, mais, si possible, près du coeur de la ville. Ce “si possible” n’est pas possible, et le choix en ces termes sera toujours réservé à un nombre infime de gens riches133.
(...)
La création des villes nouvelles doit redonner sens - possible celui-là - au choix : les centres assez denses doivent être habités pour l’essentiel en appartements, et les quartiers composés de maisons individuelles pourront s’ordonner autour d’un centre qui ne sera pas trop lointain.

A l’époque de Montaigne, vers 1570, Paris n’occupait que 500 hectares, avec 250 000 habitants.

La rénovation des vieux quartiers denses contribue au desserrement : la ville de Paris a perdu 100 000 habitants de 1954 à 1962. Même si le rythme des départs devait se ralentir -et il est actuellement plus faible que celui de nombre de villes comparables à notre capitale -Paris perdrait encore probablement le dixième de sa population.
(...)
Le nombre d’emplois s’y maintiendra constant, ou croîtra légèrement d’ici à la fin du siècle (100 000 à 200 000 emplois de plus)134.

Source : cité dans le S.D.A.U.R.P., p.170, d’après l’I.N.S.E.E.
* conducteur et passagers

Ainsi, l’évolution des formes urbaines dépend plus des progrès réalisés dans la liberté des mouvements que de l’accroissement des vitesses. (...) En un mot, il faudrait qu’à la suite des transports collectifs les transports individuels puissent conquérir la troisième dimension.
Alors qu’on parle d’avions à décollage vertical, cette hypothèse n’est peut-être pas invraisemblable135.

Les déplacements qui augmenteront le plus sont ceux dont la voiture particulière est l’instrument favori : les achats, les loisirs. Pour le travail même, la multiplication des emplois hors de Paris accroîtra les relations de banlieue à banlieue, où la densité urbaine plus faible qu’au centre de Paris permet une utilisation plus large des transports individuels. Est-ce dire que l’utilisation de véhicules individuels augmentera aussi vite que leur possession ? c’est moins sûr (136).

Source : cité dans le S.D.A.U.R.P., p.174.
* Rapportée à l’ensemble des migrations alternantes y compris celles effectuées à pied (environ 10%)

Prendre en compte l’avènement de l’automobile, ce n’est donc pas nécessairement s’y asservir, et Los Angeles, si souvent cité comme exemple de la ville pour l’automobile n’est pas, en ses étendues à peine différenciées, l’aboutissement inéluctable de cet avènement ; une telle ville est le résultat d’une option, l’expression de traits nationaux ou peut-être seulement régionaux, dans lesquels nous ne nous reconnaissons pas137.

Les circonstances historiques de l’expansion parisienne ont fait du centre de la capitale l’un des lieux du monde occidental où la population et les emplois sont rassemblés avec la plus forte densité : dans les dix premiers arrondissements parisiens, 351 habitants à l’hectare, soit 15% de plus qu’à Manhattan ; 431 emplois à l’hectare, moins qu’au centre de New York (1040), mais plus qu’à Londres (368).
Sans doute la densité de population va-t-elle décroître comme dans le centre de la plupart des grandes métropoles, celles des emplois peut-être se stabiliser138.

La circulation dans le centre de l’agglomération continuera donc à dépendre des transports en commun. (...)
Hors de l’agglomération dense, et notamment dans les zones dont l’urbanisation est prévue par le schéma directeur, le problème se pose différemment. Le choix des densités, celui des structures urbaines laissent une grande liberté dans l’organisation des transports, à l’exception de ceux qui devront assurer les relations entre les zones nouvelles et l’agglomération existante139.

Les villes nouvelles prévues par le schéma directeur se trouvent ainsi drainées par une ligne axiale de chemin de fer, offrant une grande capacité de transport. Elles n’en sont pas moins conçues pour une large utilisation de l’automobile. Leur densité sera dans l’ensemble modérée, de l’ordre de 60 à 80 habitants à l’hectare, leur infrastructure sera généreusement tracée.
Cette liberté dans le choix des moyens de transport à l’intérieur des villes nouvelles ne devrait pourtant pas conduire à une utilisation anarchique et partout exclusive de l’automobile. (...) Nécessité économique ou nécessité sociale, la concentration requise ne s’accorde pas à tous les impératifs d’une circulation totalement automobile140.

Aussi, hors de Paris, le réseau routier doit-il permettre d’aller aisément de n’importe quel point à n’importe quel autre, d’où la conception d’un réseau maillé, assurant la diffusion de la circulation automobile dans l’ensemble de la région urbaine. (...)
Les options du schéma directeur peuvent donc se résumer ainsi :
- à l’intérieur de Paris, et dans la proche banlieue densément peuplée, la priorité est donnée aux transports collectifs ;
- les nouvelles zones urbaines sont conçues pour l’utilisation dominante de l’automobile, mais des possibilités de transport en commun sont également offertes à l’intérieur de chacune des zones ; (...)
- les relations entre le reste de la région urbaine et Paris sont assurées préférentiellement par les transports en commun ;
- hors de Paris, un réseau routier maillé permet l’utilisation dominante de l’automobile pour les échanges interurbains141.

Deux millions d’emplois nouveaux devront être implantés au cours des quatre prochaines décennies, deux millions, c’est-à-dire la moitié des emplois existants.

Norme moyenne de 50 emplois à l’hectare dans l’industrie, norme qui se retrouve d’ailleurs en Hollande, au Danemark et aux Etats-Unis. A la variété des activités tertiaires devrait correspondre une semblable disparité des taux d’occupation du sol : de 700 emplois à l’hectare dans les centres urbains à 50 dans les groupes de commerces locaux (toutes ces densités sont des densités brutes, c’est-à-dire qu’elles prennent en compte la voirie de desserte et les parcs de stationnement). Sur ces bases, la superficie des terrains occupés par les activités économiques de la région devrait s’accroître de 15 000 à 35 000 hectares environ d’ici à la fin du siècle. Ainsi, le nombre d’emplois serait multiplié par 1,5 : la superficie des terrains par 2,5.

Lorsqu’une usine parisienne crée un nouvel établissement dans la région, il est fréquent que la surface par emploi y soit double de celle dont les installations anciennes disposaient.

Dans les grands bureaux de Paris, la superficie de plancher par employé est voisine de 15 m², mais elle atteint 25 m² dans les plus modernes142.

Déjà, entre les deux recensements de population de 1954 et de 1962, 17% des emplois industriels nouveaux se sont implantés au-delà du périmètre urbain, essaimant plus rapidement que la population puisque 7% seulement des nouveaux habitants de banlieue se sont fixés hors de ce périmètre.

En même temps que l’automobile accentue le desserrement des industriels, elle accélère le peuplement des zones périphériques de l’agglomération. Elle y crée ainsi progressivement les conditions favorables à l’implantation d’activités tertiaires jusqu’alors réservées au centre de Paris.


Notes :
129 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.72.

130 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.75.

131 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.82.

132 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.83.

133 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.91.

134 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.155.

135 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.172.

136 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.174.

137-138 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.175.

139 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.176.

140 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.177.

141 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.178

142 DIRECTION GENERALE DU DISTRICT DE LA REGION DE PARIS, “Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris”, Paris : La Documentation Française, 1965, p.213.


  •    4.4. SCHEMA DIRECTEUR D’AMENAGEMENT ET D’URBANISME DE LA REGION PARISIENNE (1975)

830 habitants au kilomètre carré - densité près de 10 fois plus élevée que celle du reste de la France.143

Extension et restructuration sont en effet deux volets, non seulement complémentaires mais nécessaires l’un à l’autre, de toute politique d’aménagement de l’agglomération parisienne.144

La localisation, dans les pôles d’activités tertiaires de la proche banlieue et des villes nouvelles, de certains services des administrations publiques, des entreprises industrielles et commerciales, et des grands magasins, permettra aux fonctions de niveau supérieur d’être mieux exercées dans le centre de Paris.145
(...)
Les possibilités d’installation offertes dans les zones d’extension permettront de libérer certains terrains industriels dans Paris.

La réalisation des villes nouvelles, qui est maintenant engagée de façon irréversible, en permettant la restructuration de la grande banlieue autour de pôles puissants et animés, évitera le développement en tache d’huile de l’agglomération et offrira par la recherche d’une conception variée et ordonnée un cadre de vie plus agréable que les anciennes banlieues uniformément pavillonnaires.
(...)
Ainsi les villes nouvelles doivent-elles offrir le choix entre habitat collectif au centre et maisons individuelles dans des quartiers périphériques pas trop lointains.146

Différence du S.D.A.U. de 1975 par rapport à celui de 1965 : le réseau autoroutier est allégé par une stricte limitation des radiales, et la suppression des grandes percées dans Paris et des autoroutes traversant les secteurs sensibles des zones naturelles d’équilibre.

Il serait vain que le schéma directeur cherche à fixer des prévisions précises de consommation d’espace. (...)
Dans cette perspective, les calculs auxquels il a pu être procédé montrent, en dépit de leur caractère sommaire, que les surfaces urbanisables correspondent, selon la densité moyenne retenue, à un chiffre de population égal ou supérieur à celui fixé comme objectif.
La population correspondant à ce dernier pourra ainsi être aisément accueillie sur la base d’une densité moyenne à l’hectare très inférieure à la densité moyenne actuelle de l’agglomération.147

Essentiellement tourné vers le problème de l’extension de l’agglomération, le parti d’aménagement retenu en 1965 mettait l’accent sur la création des centres urbains nouveaux plutôt que sur l’évolution de la zone agglomérée, traitée par prétérition pour ce qui est de Paris, et sous l’angle des pôles d’équipements en ce qui concerne la banlieue.148

La caractéristique principale de Paris est sa forte concentration résidentielle (300 hab/ha, soit cinq fois plus que la première couronne de banlieue).
(...)
Il y a donc eu densification nette du bâti alors que simultanément la population diminuait.149

Toutefois, en banlieue très proche, les fortes densités déjà atteintes et le sous-équipement, qui ne pourra être totalement résorbé en raison de la hausse des valeurs foncières et de la rareté des espaces libres, sont autant d’éléments qui doivent conduire à limiter l’accroissement de la population.150

Le dessin d’un réseau de transport peut constituer à lui seul un parti d’aménagement, l’urbanisation étant alors commandée par le tracé des lignes. L’une des idées maîtresses du schéma de 1965 était, au contraire, d’organiser le système des transports en fonction d’objectifs d’aménagement préalablement fixés.151

Reconnaître une réelle priorité aux transports en commun(...) :
Pour les déplacements dans Paris et entre Parie et la proche banlieue
Pour les migrations alternantes radiales entre Paris et la grande banlieue
Pour la desserte interne des villes nouvelles.
Elle doit être plus nuancée pour les déplacements de banlieue à banlieue, pour lesquels l’automobile restera le moyen de transport prépondérant.152

Promouvoir le rayonnement des villes nouvelles au-delà de leur périmètre, sur la population qui réside dans leur zone d’influence.153

Réduire à l’heure de pointe, le nombre des voyageurs du métro sur les sections de lignes les plus chargées à moins de 5 personnes au m².154

Pour atteindre dans la zone centrale une surface de 10 m² par habitant norme qu’il faut désormais considérer comme minimale - il faudrait y créer 5.400 ha d’espaces verts accessibles au public.155
Pour ce faire, il est proposé d’acquérir, de réaffecter des terrains acquis par la collectivité en vue d’opérations dont le contenu ou l’objectif ont été modifiés, d’utiliser les sites impropres à la construction, utiliser les espaces libérés par la désaffectation de terrains industriels, commerciaux ou administratifs, comme la Villette.

Traitée souvent comme le délaissé de l’urbanisation, la campagne apparaît de plus en plus comme un élément essentiel de tout effort cohérent d’aménagement.156


Notes :
143 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.21.

144 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.36.

145 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.40.

146 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.43.

147 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.52.

148 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.61.

149 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.63.

150 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.77.

151 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.82.

152-153 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.84.

154 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.89.

155 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.102.

156 I.A.U.R.P., "Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne", Paris : I.A.U.R.P., avril 1975, p.103.
— -