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Villes nouvelles françaises 2001-2005

La politique des villes nouvelles (1965-2000). Résumé

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publié le 9 novembre 2011

Vincent FOUCHIER
Décembre 1999

Nous livrons ici les grandes lignes de la politique des villes nouvelles. Cette introduction est donc relativement concise et cherche à résumer le contenu plus complet de la présentation générale (Objectifs, Moyens, Bilan).

  LA POLITIQUE DES VILLES NOUVELLES

Nous tentons ici de dresser un rapide bilan des villes nouvelles françaises. Il est très ambitieux, voire irréaliste, de vouloir rendre compte des tenants et aboutissants de plus de trente ans de planification dans neuf villes nouvelles (dont deux sont sorties du dispositif depuis plus de quinze ans), en seulement quelques pages. Nous limiterons donc notre approche aux principales caractéristiques qui nous paraissent essentielles pour cerner le sujet. Il s’agira ainsi d’une invitation à la lecture plus complète des documents proposés dans ce dossier.

   1. LES OBJECTIFS : POURQUOI AVOIR PLANIFIE DES VILLES NOUVELLES ?

   1.1. Des outils d’aménagement du territoire

La politique des villes nouvelles françaises est née au milieu des années 1960. Elle a concerné au total neuf sites :

cinq villes nouvelles en Ile-de-France : Sénart, Saint-Quentin en Yvelines, Evry, Cergy, Marne-la-Vallée ;
deux villes nouvelles en province : Etang de Berre (à l’ouest de Marseille) et l’Isle d’Abeau (à l’est de Lyon), qui sont encore dans du dispositif des « villes nouvelles »,
et Villeneuve d’Ascq (à l’est de Lille), et Le Vaudreuil (entre Paris et Rouen), qui sont sorties du régime juridique des villes nouvelles depuis plusieurs années déjà.
La France n’a pas été le seul pays à recourir à une politique de villes nouvelles. En Europe, le Royaume-Uni a été un précurseur : alors que les villes nouvelles françaises fêtent leurs trente ans, les villes nouvelles britanniques, au nombre de 31, fêtent leurs cinquante ans... Les Pays-Bas ont également promu ce type d’urbanisation à partir du milieu des années 1960. De même, il existe des villes nouvelles en Suède, en Finlande, en Espagne, etc., pour ne parler que des pays voisins.

Actuellement au nombre de sept (Le Vaudreuil et Villeneuve d’Ascq sont sorties du « système » des villes nouvelles dans les années 1980), les villes nouvelles françaises ont toutes été planifiées dans l’idée d’organiser la croissance d’une grande agglomération. Elles ont été pensées comme une politique nationale, conduite par l’Etat, avec une vocation d’aménagement du territoire. Au milieu des années 1960, la D.A.T.A.R. (délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) tentait de promouvoir le développement des grandes métropoles françaises, pour « équilibrer le territoire » et éviter que Paris concentre excessivement la croissance du pays. Les villes nouvelles de province ont été conçues en partie dans cet objectif, afin de « canaliser » le développement de Lille, Lyon, Marseille ou Rouen. Des Organisations d’études et d’aménagement des aires métropolitaines (O.R.E.A.M.) ont été créées dans ces grandes aires urbaines, pour en planifier la croissance. C’est de cette planification qu’est né le projet des villes nouvelles.

En région parisienne, Paul Delouvrier recevait directement de Charles de Gaulle l’autorité pour « mettre de l’ordre dans ce désordre », c’est-à-dire pour que cesse le développement incontrôlé de l’urbanisation : il devait proposer les dispositions institutionnelles, urbanistiques et financières, visant à organiser ce développement.

   1.2. Accueillir une croissance par le polycentrisme

Une des motivations profondes ayant conduit à la politique des villes nouvelles, clairement formulée notamment par le schéma d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne en 1965 (S.D.A.U.R.P.) résidait dans la notion de polycentrisme. Cette notion contient à la fois une volonté d’orienter la croissance dans des secteurs choisis, d’y développer une certaine densité urbaine et de créer des bassins de vie.

Les autorités publiques devaient faire face à une croissance démographique (et économique) très importante : en 1965, il était projeté par exemple 14 millions d’habitants en 2000 en région parisienne, contre 8,4 millions alors. Les grands ensembles et l’habitat pavillonnaire, les deux formes principales d’urbanisation de l’époque, présentaient déjà des limites : les grands ensembles faisaient l’objet de critique quant aux problèmes sociaux, à la mono-fonctionnalité et à la forme architecturale, tandis que le pavillonnaire consommait beaucoup d’espace, était souvent sous-équipé et entraînait une certaine dépendance à la mobilité automobile. Il fallait par conséquent offrir une alternative, pour répondre aux attentes quantitatives et qualitatives.

   1.3. La localisation des villes nouvelles : un choix stratégique

Il a été fait le choix de localiser les villes nouvelles près de l’agglomération-mère, en opposition avec la politique britannique. La distance au centre de Londres des villes nouvelles de la fin des années 1940 a été généralement supérieure à 40 km : Harlow (40 km), Hemel-Hempstead (46 km), Basildon (48 km), Crawley (48 km), Stevenage (49 km). Au contraire, les villes nouvelles franciliennes sont à moins de 30 km du centre de la capitale : Sénart (30 km), Saint-Quentin en Yvelines (25 km), Evry (26 km), Cergy (30 km), Noisy-le-Grand (15 km). Les villes nouvelles de province sont à des distances variables : Le Vaudreuil est à 20 km de Rouen et 100 km de Paris, Etang de Berre est à 25 km de Marseille, Villeneuve d’Ascq est à 7 km de Lille, et l’Isle d’Abeau est à 25-30 km de Lyon.

Le polycentrisme des villes nouvelles françaises ne visait donc pas leur autonomie à l’égard de leur agglomération-mère ; on admettait l’unicité de l’agglomération et du marché de l’emploi. Elles devaient toutefois constituer des bassins de vie autour d’elles, d’où l’importance accordée à l’indicateur du taux d’emploi par la suite, et au regroupement des fonctions administratives, tertiaires, commerciales et culturelles dans leur centre, devant être utilisées par les populations de la banlieue avoisinante. Le projet de « villes nouvelles » a été ainsi l’accompagnement de celui de centres urbains nouveaux, auxquels on adjoignait des quartiers d’habitat, des parcs ou des bases de loisirs.

Dans le cas francilien, le schéma directeur de 1965, élaboré par l’équipe de Paul Delouvrier, a placé les villes nouvelles le long de grands « axes de développement », en cohérence avec les principales infrastructures envisagées (nouvelles autoroutes, réseau ferré régional). La localisation de l’Isle d’Abeau, dans le corridor Lyon-Grenoble (à proximité de Satolas), procède d’une démarche similaire. Pour l’Etang de Berre, il s’agissait plutôt de développer une ville à proximité du nouveau complexe industrialo-portuaire de Fos.

Lille-Est (devenue Villeneuve d’Ascq) était pleinement conçue comme partie intégrante de l’agglomération lilloise, reliée à son centre par le métro léger (le VAL), et initiant sa construction à partir de deux campus universitaires.

La ville nouvelle du Vaudreuil, quant à elle, devait capter le développement dans l’axe industriel entre Rouen et Paris, pour lequel on prévoyait une croissance importante et durable.

En bref, le polycentrisme recouvrait trois politiques complémentaires : la polarisation du développement dans des zones privilégiées, la création de pôles denses et la constitution de bassins de vie internes à l’agglomération. Il s’agit en fait de trois acceptions de la notion de polycentrisme, la première quantitative et les deux autres qualitatives.

   2. LES MOYENS : COMMENT A-T-ON DEVELOPPE LES VILLES NOUVELLES ?

   2.1. Une organisation de l’Etat

On parle de politique de villes nouvelles, car il ne s’agit pas de projets isolés, émanant d’initiatives locales, mais d’une stratégie de l’Etat appuyée sur un ensemble de dispositifs et d’outils spécifiques.

L’Etat a d’abord organisé ses propres services pour mettre en place cette politique innovante. Il a dû rendre possible un travail interministériel : concrétiser des villes nouvelles est nécessairement une tache trans-disciplinaire, qui appelle la participation de tous les ministères (Equipement, Intérieur, Finances, Education Nationale, Environnement, etc.). Pour cela, le Groupe central des villes nouvelles (G.C.V.N.), devenu récemment Groupe central des grandes opérations d’urbanisme (G.C.G.O.U.) et son secrétariat général (S.G.V.N. devenu S.G.G.O.U.) ont été créés, dès 1970. Le Groupe central, interministériel, définit les orientations que son secrétariat est chargé d’appliquer. Leur rôle est notamment d’exercer une tutelle sur les établissements publics d’aménagement de chaque ville nouvelle, de répartir les crédits spécifiques de l’Etat affectés à chaque site, et de coordonner l’action des différents services de l’Etat sur un plan interministériel.

Il a fallu ensuite des textes législatifs : la loi Boscher du 10 juillet 1970 puis la loi Rocard du 13 juillet 1983 ont été les textes fondateurs du régime institutionnel et réglementaire des villes nouvelles. Ces lois régissent notamment l’intercommunalité spécifique aux villes nouvelles (cf. infra).

Enfin, des dispositions d’ordre réglementaire (institutionnel) ont été prises et inscrites dans le code de l’urbanisme. Elles concernent en particulier deux éléments :

l’opération d’intérêt national (O.I.N.) : en instituant une O.I.N., l’Etat indique clairement qu’il accorde une priorité nationale à un périmètre et qu’il souhaite y exercer un rôle prépondérant, exorbitant du droit commun. Ceci concerne par exemple l’initiative des opérations d’aménagement, la délivrance des permis de construire ;
les établissements publics d’aménagement (E.P.A.) : ces établissements ont été la « cheville ouvrière » du dispositif. Ils ont été créés par décret en Conseil d’Etat, pour planifier, aménager et commercialiser les terrains de chaque ville nouvelle. Ces structures opérationnelles combinent des rêgles publiques et une gestion privée, et associent l’Etat et les collectivités locales. Bien que créés par l’Etat (lequel nomme le directeur général), ils sont tous présidés par un élu local.

   2.2. Un fonctionnement intercommunal

Les espaces désignés pour recevoir les urbanisations de villes nouvelles étaient vastes et couvraient de nombreuses communes. Pour remédier aux difficultés liées au morcellement politique et pour faciliter une cohérence territoriale des projets, des institutions intercommunales ont été mises en place. La loi Boscher de 1970 avait créé les syndicats communautaires d’agglomération (S.C.A.), qui sont devenus syndicats d’agglomération nouvelle (S.A.N.) avec la loi de 1983. Ces syndicats regroupent les communes couvertes par la zone d’urbanisation nouvelle (au nombre de 67 pour les 7 villes nouvelles). Les S.A.N. assurent la gestion du budget et de la fiscalité, mais ne remplacent pas les communes. Ces dernières élisent leurs représentants au S.A.N. au sein de leur conseil municipal.

Le S.A.N. est un interlocuteur privilégié de l’établissement public d’aménagement, notamment pour les choix de planification. Une de ses caractéristiques essentielles est le partage de la taxe professionnelle, à l’échelle intercommunale donc.

   2.3. Des actions foncières anticipatrices

Partant de l’idée simple que, pour construire une ville, il faut des espaces urbanisables, l’Etat a acquis très tôt, par anticipation, de grandes superficies de terrains dans les zones où une ville nouvelle était envisagée. Ces acquisitions foncières anticipatrices permettaient, dans le même temps, de juguler la spéculation. Elles permettaient surtout de disposer de terrains peu chers (généralement au prix de la terre agricole), susceptibles d’être vendus à terme beaucoup chers (au prix du terrain urbanisé) ; de ce fait, avec la marge ainsi dégagée, il devenait possible de financer les équipements et aménagements rendus nécessaires par l’urbanisation nouvelle.

Essentiellement dans le cadre de la procédure de la zone d’aménagement différé (Z.A.D.), 30.000 hectares ont été acquis par l’Etat pour le compte des villes nouvelles, en situation cumulée au 31.12.1996. Environ 10.000 ha ont été cédés à des tiers. L’Agence foncière et technique de la région parisienne (A.F.T.R.P.) a joué un rôle clé dans ces actions foncières, depuis sa création par l’Etat en 1962.

La faiblesse des coûts d’acquisition des terrains a permis une organisation aussi harmonieuse que possible de la ville : dans la mesure où il était possible de ne pas reléguer les logements sociaux sur des terrains de rebut, des politiques de mixité sociale ont pu être lancées.

   2.4. Des aides de l’Etat spécifiques

Pour déclencher et ensuite accompagner la croissance des villes nouvelles, l’Etat leur a apporté un certain nombre d’aides spécifiques. Il s’agissait d’aides financières ou non financières. Sans entrer ici dans le détail, citons les aides suivantes :

  • dotation globale d’équipement,
  • dotation globale de fonctionnement spécifique,
  • différé d’amortissement des emprunts,
  • moyens d’équilibre,
  • financement des logements locatifs sociaux,
  • infrastructures de transport (fer et voirie primaire),
  • financement des transports internes,
  • soutien au développement économique : dispense de l’agrément, remboursement du versement transport,
  • prêts à taux privilégiés pour l’établissement public d’aménagement : prêts à 12 ans de la Caisse des Dépôts et Consignation, avec 3 ans de différé et bonification d’intérêt de 3 points accordé par le FNAFU (fonds national de l’aménagement foncier et de l’urbanisme).

   3. UN BILAN : QUELLES SONT LES CARACTERISTIQUES DES VILLES NOUVELLES AUJOURD’HUI ?

   3.1. Les principaux chiffres

Les sept villes nouvelles comptent aujourd’hui plus de 890.000 habitants au total.

PRINCIPALES CARACTERISTIQUES DES VILLES NOUVELLES

Nbre de communes Superficie en hectares Nbre d’habitants en 1990 Nbre d’habitants en 1999
Cergy-Pontoise 11 8 100 159 168 178 656
Evry 4 3 045 73 372 79 726
Marne-la-Vallée 26 15 285 210 835 246 607
Sénart 10 11 820 81 776 93 069
Saint-Quentin-en-Yvelines 7 6 940 128 663 142 737
Villes nouv. Ile-de-France 58 45 190 653 814 740 795
Isle d’Abeau 5 6 400 29 588 38 769
Etang de Berre 4 27 000 103 767 112 225
Villes nouv. Province 9 33 400 133 355 150 994
Total Villes nouvelles 67 78 590 787 169 891 789
"Anciennes" villes nouv.
Le Vaudreuil 1 3 440 3 079 3 438
Villeneuve d’Ascq 1 2 745 65 320 65 042

Source : Sggou, d’après Insee - Rgp 1999

Les cinq villes nouvelles franciliennes comptent 740.800 habitants, et continuent d’accueillir une population nombreuse (85.000 habitants supplémentaires de 1990 à 1999), ce qui représente 31% de la croissance démographique régionale. De plus, leur part dans la population régionale continue de croître (6,8% en 1999), ainsi que leur poids en grande couronne (15,4% en 1999). Mais leur croissance est fortement ralentie par rapport à ce qu’elles ont connu dans les années 1970 et 1980.

La ville nouvelle de l’Etang de Berre continue également d’accueillir une population nombreuse (8.180 habitants supplémentaires de 1990 à 1999), qui représente 11,1% de la croissance démographique du département des Bouches du Rhône. De plus, sa part dans la population de ce département continue de croître (6,1% en 1999).

De même, la ville nouvelle de l’Isle d’Abeau a accueilli 9.200 habitants supplémentaires entre 1990 et 1999, ce qui a représenté 12,1% de la croissance du département de l’Isère. Elle voit son poids dans le département augmenter.

Dans les distances entre 20 et 35 km du centre de Paris, ce sont les communes de villes nouvelles qui ont accueilli la plus forte croissance démographique. Relativisons néanmoins ce constat, car leur rythme de développement annuel a fortement chuté (divisé par 2,7) depuis la précédente période intercensitaire (1990-1999 par rapport à 1982-1990), à l’image de la tendance régionale.

Le solde migratoire global des villes nouvelles a été quasi-nul sur la période 1990-1999, alors qu’il était de très fort auparavant (+15 600 habitants par an dans la période 1982-1990 pour les villes nouvelles franciliennes). C’est donc le solde naturel qui assure la croissance démographique de la plupart des villes nouvelles, sauf Marne-la-Vallée, Sénart et l’Isle d’Abeau. Les ménages y sont jeunes, ont des enfants et, comme les personnes âgées y sont peu nombreuses, le nombre de décès est très réduit.

Mais, les villes nouvelles, en dépit d’évolutions plus faibles que par le passé, continuent à connaître les plus fortes croissances comme cela était déjà le cas dans les années antérieures.

   3.2. Une démographie particulière

La population des villes nouvelles est généralement jeune. Elle est composée d’une part importante de jeunes couples ayant des enfants en bas âge. C’est moins vrai aujourd’hui que dans le passé, car les enfants des « pionniers » (les premiers habitants des villes nouvelles) ont vieilli et sont maintenant des adolescents ou de jeunes adultes...
Le développement des universités en villes nouvelles depuis plusieurs années a par ailleurs « rajeuni » le profil moyen de leur population.

On observe une croissance endogène : un tiers des ménages des logements neufs, construits entre 1990 et 1997, des cinq villes nouvelles franciliennes habitaient déjà leur ville nouvelle (jusqu’à 38% à Saint-Quentin-en-Yvelines)1. Ce chiffre vient confirmer la tendance démographique. Ces « migrants internes » sont généralement des familles avec enfants qui quittent un logement collectif en location pour s’installer en maison individuelle en accession. Les familles inscrivent donc plusieurs étapes de leur parcours résidentiel dans les villes nouvelles. En outre, celles-ci, malgré leurs logements neufs, attirent moins d’habitants de Paris et de la proche couronne que dans les migrations observées dans la période 1982-1990. Elles polarisent en réalité davantage la grande couronne et confortent un large bassin d’habitat autour d’elles. Il s’agit là d’une évolution notable par rapport à leur rôle antérieur, qui consistait plutôt à décongestionner le centre de l’agglomération parisienne.

Alors que 32% des ménages arrivés en villes nouvelles entre 1968 et 1990 venaient soit de Paris soit de la proche couronne, la part de ménages ayant quitté les villes nouvelles et s’étant installés dans ces deux secteurs n’a été que de 21%. Et la grande majorité des communes ayant accueilli plus de 500 migrants originaires des villes nouvelles dans cette période leur sont contigues2. L’aire de diffusion des ménages habitant les villes nouvelles correspond ainsi aux zones à proximité de la ville nouvelle d’origine : il y a un ancrage résidentiel dans le bassin de vie des villes nouvelles.

ORIGINE ET DESTINATION RESIDENTIELLES DES HABITANTS DES VILLES NOUVELLES FRANCILIENNES entre 1968 et 1990

Paris Première couronne Deuxième couronne Autres régions Nombre de personnes*
Entrées 13% 29% 34% 24% 635.990
Sorties 6% 15% 41% 38% 296.870

Sources : d’après Atlas des villes nouvelles (1995), I.N.S.E.E. 1990.
* à l’exclusion des départements non métropolitains et autres pays (10% des entrées)

Les villes nouvelles connaissent les problèmes endémiques aux villes jeunes en croissance, dont la population a des revenus modestes : certains quartiers sont engagés dans une spirale négative de dégradation et de paupérisation, spirale que les grands ensembles ont connu précédemment. Les problèmes sociaux des villes nouvelles semblent toutefois « euphémisés » par leurs qualités structurelles, en termes de desserte par les transports, de taux d’équipement, de diversité architecturale, etc., dont les grands ensembles ne bénéficient pas. Il n’en reste pas moins que la gestion sociale de la population des villes nouvelles est une préoccupation de premier ordre.


Notes :
- 1 FOUCHIER, Vincent, et MIRANDE, Bruno, « Les logements neufs et leur population dans les cinq villes nouvelles franciliennes (1990-1997) », Paris : édition du Ministère de l’Equipement, septembre 1999, 141p.

- 2 source : Saphir, Insee 1990. Atlas des villes nouvelles (S.G.V.N., D.A.U., D.R.E.I.F., 1996)


   3.3. Des centres avec leur périphérie

Les villes nouvelles ont parfaitement répondu à l’objectif de planification d’un vaste secteur, dépassant largement la seule logique d’habitat, visant à faire émerger des centres urbains pluri-fonctionnels (bureaux, équipements, administrations, etc.), bien desservis par les transports (routier et ferrés). Certaines sont devenues préfecture de leur département.
De grands centres commerciaux ont été installés dans les centres-villes : les Trois Fontaines à Cergy, les Arcades à Noisy-le-Grand, l’Agora à Evry, etc.

La fonction de centralité des villes nouvelles s’exerce souvent bien au-delà de leur périmètre et rayonne sur de vastes territoires.

Pour autant, leurs densités ne sont pas élevées : on a certes édifié de vrais centres et des quartiers d’habitat dense, mais on a aussi développé leur périphérie peu dense, composée d’habitat pavillonnaire et de zones d’activités. La plupart des villes nouvelles ont créé leur base de loisirs, comme à Cergy-Pontoise, Saint-Quentin en Yvelines, Etang de Berre, Evry (Courcouronnes).

C’est donc la diversité qui prime dans le paysage urbain des villes nouvelles. L’architecture variée et parfois innovante contribue aussi à cette diversité.

   3.4. La qualité de l’accessibilité

L’attractivité des villes nouvelles ne serait pas ce qu’elle est sans une accessibilité performante. La qualité de desserte en transports en commun et en automobile est en effet un facteur de réussite essentiel de ces pôles de développement.

Non seulement les infrastructures de transports leur ont conféré une accessibilité excellente, facteur d’attractivité pour les entreprises comme pour les ménages, mais elles ont participé à l’édification de centres-villes, grâce à la convergence des flux. Les villes nouvelles qui ont tenté d’édifier un centre-ville, conformément à l’ambition qui leur était fixée par le S.D.A.U.R.P., y ont globalement réussi. A Evry, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines, Cergy-Pontoise, les quartiers denses, jouant un rôle de centralité, ont été placés autour des stations de liaisons ferrées avec le coeur de la métropole voisine. Il s’agissait soit de création de lignes nouvelles (Cergy, Evry), soit de gares nouvelles sur des lignes existantes (Saint-Quentin, Sénart), soit de prolongement de réseau (Marne, puis Cergy), soit enfin d’une liaison innovante (le VAL à Villeneuve d’Ascq).

Marne-la-Vallée est le cas le plus typique de l’articulation urbanisme-transport : l’urbanisation nouvelle a été placée de la manière linéaire le long du réseau express régional ferré (R.E.R.) et de l’autoroute A4, ou plus exactement en chapelet autour des gares R.E.R.

Si l’on définit comme un bassin de vie un ensemble de communes ayant entre elles des relations d’interdépendance pour des fonctions urbaines variées (habitat, emploi, éducation, culture, administration, équipements, etc.), on peut considérer que les villes nouvelles ont su devenir des centres de bassins de vie, grâce à leur parfaite accessibilité.

   3.5. Le développement économique

Conformément à leur objectif de polarisation, les villes nouvelles ont réussi à générer un dynamisme économique certain. Elles accueillent en effet de grandes entreprises mondialement connues : I.B.M., Hewlett-Packard, Bouygues, Aérospatiale, Thomson, Technocentre de Renault, Spie, Neslé, Honda, etc., sans parler de Disney Company.
Elles bénéficient d’un réseau de petites et moyennes entreprises dans des champs de compétence très étendus, y compris dans les industries de haute technologie.

Le tissu économique des villes nouvelles comprend généralement quatre catégories de localisations :

  • les zones de bureaux, le plus souvent dans les centres-villes,
  • les zones mixtes habitat-activités
  • les zones d’activités, plutôt en périphérie et en connection avec les transports routiers,
  • le « diffus »

NOMBRE TOTAL D’EMPLOIS Dans les villes nouvelles franciliennes

Emplois 1990 Emplois 1994 Evolution 1990 Evolution 1994
Cergy-Pontoise 74.572 79.130 +4.558 +6,1%
Evry 45.933 50.240 +4.307 +9,4%
Marne-la-Vallée 72.125 93.717 +21.592 +29,9%
Sénart 19.449 23.269 +3.820 +19,6%
Saint-Quentin-en-Yvelines 65.014 73.080 +8.066 +12,4%
Total Villes nouvelles 277.093 319.436 +42.343 +15,3%

Sources : S.G.G.O.U.-V.F., d’après E.R.E.

L’analyse des migrations alternantes, qui est une bonne représentation de l’organisation d’un territoire, confirme d’autre part l’existence de bassins autour des villes nouvelles, notamment en termes d’aire de recrutement des emplois. Les villes nouvelles recherchent l’équilibre entre le nombre d’emplois et le nombre d’actifs résidants. Le bilan des taux d’emplois, c’est-à-dire le rapport du nombre d’emplois sur le nombre d’actifs, est certes « honorable » : 0,91 en 1990, pour l’ensemble des villes nouvelles franciliennes (Evry et Cergy ayant des taux supérieurs à l’unité). Mais ces taux conduisent à des interdépendances entre les villes nouvelles et leur bassin de proximité, pas à leur autonomie. Les fondateurs du S.D.A.U.R.P. avaient vu juste : malgré ces taux d’emplois élevés, seuls 4 emplois sur 10 sont occupés par des actifs résidants.

   3.6. Les innovations techniques

Les villes nouvelles ont été des terrains majeurs de l’expérimentation et de l’innovation technique. Profitant de l’ampleur du programme de construction, les autorités publiques -mais aussi les entrepreneurs privés - ont souhaité tester ou concrétiser des méthodes à la pointe des connaissances. On peut en citer certaines :

  • projets ambitieux de transports intermédiaires (train suspendu, monorail, site propre, etc.),
  • énergie solaire,
  • réseau de chaleur,
  • galeries techniques,
  • voiture électrique à Saint-Quentin en Yvelines,
  • architectures expérimentales (les Arènes au Pavé Neuf, à Marne-la-Vallée, les Pyramides à Evry, les maisons de terre à l’Isle d’Abeau, les immeubles de Boffil à Saint-Quentin en Yvelines, etc.),
  • formes urbaines innovantes (les maisons de ville à Cergy-Pontoise, l’urbanisme de dalles, les quartiers piétonniers, les zones d’activités paysagées, etc.),
  • bassins paysagés : technique environnementale combinant la nécessité de viabilisation des terrains et la collecte des eaux pluviales, et l’organisation des quartiers.

Ces innovations n’ont malheureusement pas toutes connu le succès attendu. Mais leur contribution au progrès, tant par leur réussite que par leur échec éventuel, a été fondamentale. Les expériences menées dans les villes nouvelles ont eu un impact souvent régional, national, voire international.

   3.7. Chaque ville nouvelle a une identité propre

Il est toujours délicat de dresser un bilan global des villes nouvelles, car chacune a une identité et des caractéristiques qui lui sont propres. La localisation par rapport à l’agglomération-mère, le choix du site géographique, les options d’aménagement, les spécificités de la population et des entreprises, les relations fonctionnelles avec l’environnement spatial, la qualité de l’accessibilité, etc., sont autant de facteurs qui peuvent expliquer de grandes différences d’une ville nouvelle à l’autre.

Ces différences sont masquées lorsque les analyses sont transversales et s’appuient sur une « moyenne des villes nouvelles ». La morphologie urbaine est spécifique à chacune, de même que l’image, la renommée, ou l’identité.

Il est par conséquent nécessaire de s’intéresser séparément à chaque ville nouvelle, pour bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’un modèle unique appliqué indifféremment d’un site à l’autre (comme cela a pu être le cas pour les grands ensembles). Les outils et les méthodes ont eu des points communs, mais ils n’ont pas conduit à un résultat unique.

   4. LES PERSPECTIVES : LES VILLES NOUVELLES DEMAIN ?

   4.1. Une réduction de la justification démographique des villes nouvelles

Le S.D.A.U.R.P., document fondateur de l’aménagement de la région parisienne, tablait en 1965 sur une population de 14 millions d’habitants en Ile-de-France en l’an 2000. Or il est désormais établi qu’elle n’atteint pas 11 millions. Pour le même horizon, les OREAM de province prévoyaient un triplement de la population de la Basse-Seine (d’où Le Vaudreuil) et de Marseille (d’où les rives de l’Etang de Berre) ; dans la région Nord (d’où Villeneuve d’Ascq) et à Lyon-Saint-Etienne-Grenoble (d’où l’Isle d’Abeau), la croissance devait être de 50 à 80%...

Naturellement, les objectifs de population pour les villes nouvelles étaient calibrés en fonction des perspectives démographiques de l’époque. On évoquait généralement 500.000 habitants pour chacune d’entre elles, même si on incluait parfois dans ce chiffre la population de la banlieue alentour.

Il va de soi que ces objectifs assignés aux villes nouvelles ont été ajustés à plusieurs reprises, en fonction des nouvelles donnes démographiques, mais aussi en raison des adaptations locales du projet urbain propre à chacune.

De fait, le besoin quantitatif d’urbanisation nouvelle s’est fortement réduit. Le recours aux villes nouvelles comme facteur de polarisation de la croissance de la population ne se justifie plus en tant que tel. Les ajustements locaux, les besoins endogènes, les éventuelles « corrections » urbaines, les enjeux qualitatifs, sont devenus les priorités premières des villes nouvelles, même si elles poursuivent encore leur rôle régional.

   4.2. L’évolution du « système villes nouvelles »

L’évolution des dispositions institutionelles des villes nouvelles est quasi-permanente. Dans plusieurs villes nouvelles, des réductions des périmètres d’intervention ont été ainsi effectuées par rapport au périmètre d’étude initial, en particulier suite à la loi de 1983. L’achèvement de Villeneuve d’Ascq et du Vaudreuil a été déclaré.

Différents facteurs conduisent aujourd’hui à faire évoluer le « système villes nouvelles » :

la réduction de la fonction polarisatrice des villes nouvelles, qui justifiait en grande partie la présence forte de l’Etat,
la raréfaction des terrains disponibles à l’urbanisation,
les difficultés financières rencontrées par les établissements publics d’aménagement (E.P.A.), dues au rythme de construction ralenti,
l’ambiguïté de l’outil E.P.A., pour lequel l’Etat apporte sa garantie financière (c’est donc lui qui prend les risques), mais dont les décisions dépendent largement des élus locaux,
les récentes lois modifiant le contenu de l’intercommunalité de droit commun, qui peuvent conduire les collectivités de villes nouvelles vers un nouveau mode de fonctionnement.
Une redistribution des compétences entre l’Etat et les collectivités locales des villes nouvelles est donc en préparation. Sauf à Marne-la-Vallée et à Sénart, villes nouvelles qui disposent encore d’une capacité foncière conséquente, l’Etat envisage de se retirer du processus opérationnel d’aménagement des villes nouvelles et d’en remettre la responsabilité aux collectivités locales. Il s’agirait de la fin du régime dérogatoire des villes nouvelles, après trente années d’application.

Ainsi, comme cela s’est passé dans les pays voisins qui ont eu leur propre politique de villes nouvelles, lorsque les projets de développement sont en voie de se terminer, les spécificités institutionnelles des villes nouvelles françaises sont en cours de transition vers le « droit commun ».

Inversement, le droit commun rejoint le système intercommunal des villes nouvelles : les communautés d’agglomération, prônées par la récente loi Chevènement, sont assez semblables aux syndicats d’agglomérations nouvelles, dans leurs compétences et modes de fonctionnement et de financement.

   4.3. Encore de grands projets urbains ?

Les évolutions institutionnelles n’affectent en rien le dynamisme urbain des villes nouvelles. Celles-ci continuent d’être des lieux privilégiés de projets, des pépinières d’idées et d’ambitions. On pourrait évoquer :

  • le quartier de Liesse (autour d’une nouvelle gare R.E.R.), le technopôle de Neuville, la caserne du Bossut (futur centre urbain), à Cergy-Pontoise ;
  • le Génopole (pôle de la recherche génétique qui a déjà créé 1.000 emplois), le quartier central de la Porte de Beauce, à Evry ;
  • le centre urbain du Val d’Europe, la poursuite de Disneyland et de la cité Descartes, à Marne-la-Vallée ;
  • le Carré Sénart (futur centre de la ville nouvelle), à Sénart ;
  • la zone d’activité des Chèsnes, à l’Isle d’Abeau ;
  • le plateforme multimodale de Miramas-Grans, à l’Etang de Berre. l’extension du centre commercial, la poursuite du développement universitaire (l’université compte 6.000 étudiants aujourd’hui et 12 à 13.000 étudiants sont prévus à terme), à Saint-Quentin en Yvelines.

L’arrivée de l’université dans les villes nouvelles contribue à une « nouvelle jeunesse » de ces pôles régionaux. Le schéma national de développement des universités (Université 2000), lancé en 1989, a proposé la création de six universités nouvelles de plein exercice en Ile-de-France, dont quatre en villes nouvelles. Il s’agit moins, maintenant, de créer des campus universitaires enclavés, que d’intégrer l’université dans la ville, en partenariat avec le tissu économique existant.
On compte plus de 30.000 étudiants dans les quatre universités de villes nouvelles (Evry-Val d’Essonne, Cergy-Pontoise, Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, Marne-la-Vallée), à la rentrée 1999, et 40.000 étudiants si l’on compte les autres établissements d’enseignement supérieur (E.S.S.E.C., Ecole du trésor, E.N.P.C., E.N.S.G., etc.).

Il reste donc encore beaucoup de matière aux villes nouvelles pour qu’elles valorisent leur « culture de projet ».